Peut-on apprendre à écrire à l’université ?

Apprendre à écrire  à l’université en France

Vincent MessageVincent Message est un écrivain français né en 1983. Il a fait des études de lettres et de sciences humaines à l’École normale supérieure. Il a participé en 2013 à la création du master de création littéraire de Paris 8.

“L’entrée de la création littéraire à l’université française est l’aboutissement d’une évolution qui a débuté dans les années 80. Cela est également dû aux échanges internationaux. En effet, le modèle nord américain commence à être très présent dans nos têtes. En France, nous constatons une réelle réticence due notamment à l’idée romantique d’un talent inné. Mais c’est un romantisme un peu bas de gamme et extrêmement peu fondé. Si on pose la question : écrire de la littérature est ce que ça s’apprend ? la réponse ne peut être que oui. La vraie question est de savoir si on apprend seul en fréquentant des textes d’auteurs qui nous touchent ou si on apprend collectivement avec d’autres personnes qui, elles aussi, sont en train d’entrer dans un processus d’écriture ainsi qu’avec des écrivains déjà confirmés. Et quand bien même on dirait que la bonne solution c’est d’être seul, ce seul est aussi une illusion. En effet, si l’on regarde l’histoire littéraire, l’apprentissage de l’écriture s’est toujours fait dans des formes de sociabilités. Au XVIIIe siècle et au début du XIXe, c’était les salons. Dans les années 1910-1920, il y a eu des moments très importants autour de grandes revues telles que la NRF pour n’en citer qu’une. Les mouvements des avant-gardes en France étaient également représentés par des groupements. Ces collectifs se voulaient anti-institutionnels et l’université à l’autre bout du spectre avait une image très conservatrice. Image qu’elle mérite puisqu’en 1950 quand on étudiait la littérature à l’université française, on étudiait des auteurs morts et de préférence hommes et blancs. Puis on a progressé vers le contemporain, c’est-à-dire vers la possibilité d’étudier des auteurs vivants, ensuite vers la possibilité d’inviter ces auteurs en chair et en os dans les murs de l’université. La création littéraire à l’université française est donc un prolongement logique de cette évolution. Cela met fin à une situation d’anomalie. En effet, si l’on considère que la littérature est un art, en France tous les arts ont leurs écoles : photographie, cinéma, danse, musique, peinture. Pourquoi la littérature n’aurait-elle pas ses écoles ? Quelques universités en France sont donc en train de repenser cela et de mettre fin à ces anomalies. Le Havre, Toulouse, Paris 8 proposent désormais leur master de création littéraire. Cela correspond également à une demande très forte des étudiants. Nous sommes en effet dans une époque de l’expression de soi. Ce n’est plus possible aujourd’hui de s’intéresser à un art sans avoir envie de le pratiquer soi-même. On a envie d’être aussi praticien. Ces masters donnent aux étudiants cette chance d’être pendant deux ans lecteurs des autres, une manière de pouvoir devenir lecteur de soi-même en prenant un peu de distance.”

 

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