Les secrets d’écrivain de Philip Roth

Lors de la publication en France de son roman Nemesis (Gallimard, 2012), Philip Roth avait annoncé qu’il arrêtait d’écrire de la fiction. L’écrivain américain, lauréat du prix Pulitzer en 1998 pour Pastorale américaine, avait profité de son passage en France pour revenir sur sa carrière d’écrivain et son processus d’écriture. (Philip Roth est décédé le 22 mai 2018)

Si vous aviez eu des enfants, vous leur auriez conseillé de ne pas devenir écrivains. Pourtant vous avez voulu, vous, être écrivain…
Quand on décide “de devenir écrivain”, on n’a pas la moindre idée du genre de travail que cela représente. Quand on commence, on écrit spontanément à partir de son expérience assez limitée du monde non écrit et du monde écrit. On est plein d’une exubérance naïve. “Je suis un écrivain !” C’est une joie du même genre que “J’ai quelqu’un dans ma vie !” Mais y travailler jour après jour ou presque pendant cinquante ans – que ce soit à être écrivain ou amant – est une tâche d’une exigence extrême ; c’est loin d’être la plus agréable des activités de l’homme.

Vous amusez-vous en écrivant ?
J’ai toujours trouvé ça très difficile. A de rares exceptions près, chacun de mes livres est un calvaire. Il existe des métiers très pénibles, eh bien, écrire en est un ! Si le livre n’est pas éprouvant à écrire, alors je doute de sa qualité. Par exemple, Patrimoine : je l’écrivais à mesure que progressait la maladie de mon père. Je le voyais tous les jours et j’étais tellement bouleversé à la fin de la journée que je ne voulais voir ni amis, ni match de base-ball, ni rien. Tout ce que je pouvais faire, c’était écrire, mais sans savoir que j’étais en train de faire un livre… Donc je ne l’ai pas conçu dans la douleur, mais pas dans la joie non plus. Le livre qui m’a le plus amusé, d’ailleurs j’en ris encore, c’est Le Théâtre de Sabbath, où je mets en scène un personnage dépourvu du sentiment de honte et qui blasphème contre les gens décents.

Y a-t-il des scènes que vous aimez écrire davantage que d’autres ?
Les scènes auxquelles personne ne fait attention. Comme dans J’ai épousé un communiste (1998), quand mon personnage va voir un taxidermiste. J’ai adoré en interroger un pour mon livre. En fait, voilà : j’adore écrire des scènes d’expertise professionnelle. Dans Indignation (2008), le fils d’un boucher raconte à une fille la façon dont on livre la viande… Je crois que les gens passent beaucoup de temps à penser à des questions aussi quotidiennes. Dans Un homme (2006), le père a une bijouterie. J’ai adoré aller dans une bijouterie, prétendant que je voulais acheter une bague de fiançailles pour ma girlfriend.

Avec le temps, écrivez-vous les scènes de sexe avec plus de facilité ?
Elles restent difficiles, car il ne faut pas qu’elles soient vulgaires mais pas non plus trop tendres ni trop belles. Au début, j’étais très circonspect : dans mes deux premiers livres, par exemple, Goodbye, Columbus (1959) et Laisser courir (1962), les scènes de sexe se déroulaient dans le noir. Avec le temps, je me suis laissé davantage de liberté, notamment dans Portnoy et son complexe (1969) car le livre se situe chez un psychanalyste, là où l’on ne censure pas son langage, où l’on ne s’embarrasse pas de la honte. Cela m’a donné la liberté d’être obscène, graphique dans mes descriptions. Je n’ai pas recommencé par la suite, sauf pour Le Théâtre de Sabbath car ce livre m’en a donné la permission – encore une fois, ce n’est pas moi qui m’autorise, mais le sujet ou le personnage du livre qui légitime telle ou telle méthode.

Vous insistez sur la difficulté d’écrire, la frustration. N’y-a-t-il pas de plaisir à terminer un livre ?
Si. C’est un plaisir qui dure à peu près une semaine et demi. Quand on termine un roman, on a un sentiment de triomphe, mais ça ne dure pas plus de dix jours, le temps de comprendre qu’en écrire un autre est quelque chose de parfaitement impossible.

Après ces décennies d’écriture, quels conseils donneriez-vous à un écrivain débutant ?
D’arrêter d’écrire.

(Sources : Les Inrocks 31/10/11, Le Monde 14/02/13 )

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7 Replies to “Les secrets d’écrivain de Philip Roth”

  1. Amy dit :

    Arrêter l’écriture c’est arrêter la mémoire.
    Songez à tout l’héritage culturel dont nous disposons et si toutes ces personnes avaient appliqué ce conseil :” je suis débutant, j’arrête d’écrire”, quel gâchis, quelle pauvreté !
    Tous les grands écrivains ont d’abord été débutants, ils ont tous douté, balbutié, raturé, mais finalement ils ont trouvé leur voie.
    Sous une apparente bienveillance, ce conseil destiné plus à faire bondir qu’à servir le lecteur relève aussi d’un profond égoïsme.
    Tout le monde ne souffre pas dans l’écriture, beaucoup écrivent dans la joie et dans la bonne humeur. Si on a du talent, on ne souffre pas à accoucher d’un livre. Et puis ne pas avoir l’ambition dès le début de vivre sa plume !

    L’écriture peut apporter beaucoup de satisfaction à son auteur s’il garde suffisamment de distances pour avoir une vie à côté. Comme tout chose l’excès conduit à la perte.

    Moi je dirai, “N’arrêtez pas d’écrire, c’est vital !”

  2. Béatrice dit :

    Il est vrai que ces quatre derniers mots : “D’arrêter d’écrire” tombe comme un couperet. Un couperet mal aiguisé. Ils m’ont fait rire. Venant d’un écrivain, cela ne peut être qu’une boutade.
    Ah ! Écrire… Quelle aventure !

  3. Lina Carmen dit :

    C’est quoi cet auteur ? Franchement, si pour lui s’est un calvaire d’écrire, pourquoi s’est-il lancé dans l’écriture ? C’est n’importe quoi, il se fout de nous je crois.
    Je n’ai jamais lu cet auteur mais une chose est certaine, je ne le lirais pas. Si pour lui, écrire est un calvaire, le lire doit l’être aussi.
    As t-on jamais vu un peintre ou un musicien dire que son métier est pénible ? Non ! Ce sont des métiers que l’ont choisi par passion. Je dirais même que pour les plus talentueux d’entre eux, ce n’est pas un choix, mais un besoin, une nécessité. C’est peut-être la seule chose qu’ils sachent faire avec facilité et plaisir.
    De plus, choisir de devenir écrivain alors qu’on n’aime pas ça, c’est stupide car ce n’est même pas un métier rentable !!
    Bon, allez, je m’arrête là. Vous aurez compris qu’il m’a bien énervé.

  4. camille dit :

    La première qualité de tout artiste, écrivain, musicien, peintre, etc.. est l’humilité , qualité dont vous semblez sacrément manquer chères commentatrices !

  5. Marie dit :

    Je cite : “C’est quoi cet auteur ? Franchement, si pour lui s’est un calvaire d’écrire, pourquoi s’est-il lancé dans l’écriture ? C’est n’importe quoi, il se fout de nous je crois.” Ces mots et le ton prouvent que ce n’est pas un propos d’écrivain. Ecrire… tout le monde écrit, raconte ses petites histoires et se sent fier… Mais être écrivain, c’est autre chose. Lisez-le donc, vous comprendrez (peut-être ?)

  6. Pour répondre à Camille, non l’humilité n’est pas la première qualité d’un créateur — et certainement pas d’un romancier — c’est même l’exact contraire ; pour penser que l’on peut intéresser un éditeur puis des lecteurs, il faut croire en soi, croire que ce que l’on raconte va intéresser d’autres personnes que soi même. Je vous conseille la lecture de Martin Eden de Jack London — il y raconte comment son personnage, malgré les refus répété des éditeurs continue d’envoyer ses manuscrits. C’est parce qu’il pense que ce qu’il a dire est intéressant et important. Aucun romancier ne publierait s’il avait de l’humilité.
    Pour répondre à Marie, non, tout le monde n’écrit pas ses petites histoires. Beaucoup commence à écrire un roman et s’arrêtent en cours de route, car écrire un roman demande de la persévérance. Être écrivain c’est commencer à raconter une histoire et la terminer.

  7. sanassy92conde dit :

    Je crois dur comme fer au talent que chacun de vous a et qui se manifeste ici à travers vos plume.
    Moi,je ne critique personne,
    Moi, je ne juge personne,
    Moi, je ne condamne personne. Car je sais que chacun de nous a raison devant ses faits.
    Que vous parliez du calvaire ou de la passion mais je sais que tous les écrivains n’ont pas eu les mêmes raisons pour écrire et non plus les mêmes émotions quand ils écrivent . Pour moi ,ce qui m’intéresse de plus, est de montrer au gens l’importance de l’ecriture et de donner toutes les astuces possibles aux personnes qui désirent écrire.

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