Les secrets d’écrivain de Mohamed Mbougar Sarr

il vient d’obtenir le prix Goncourt 2021 avec son roman La plus secrète mémoire des hommes  (Éditions Philippe Rey). Dans une interview récemment donnée au Journal du Dimanche, il expliquait sa relation à l’écriture :

Je ne crois pas, en littérature, à l’originalité pure et dure. Je crois à la singularité. Je ne suis pas le créateur original de ce que j’écris, mais l’interprète singulier d’une culture que je porte en moi. Parfois je joue avec elle consciemment, parfois elle ressort inconsciemment. Elle est faite de lectures, de textes imprimés profondément dans mon esprit. On peut écrire des choses dont on se croit le génial créateur, mais qui sont en réalité des réminiscences de ce dont notre intelligence est tapissée.

Comment ne pas plier sous le poids de cet héritage littéraire ?

Arriver à l’écriture par la lecture, comme je l’ai fait, m’impose de peser chaque mot que j’écris, car chacun me donne l’impression que des siècles et des siècles de littérature me regarde avec beaucoup de sévérité et d’exigence. Il m’en reste, au bout du compte, un profond sentiment de reconnaissance. L’humilité est indispensable pour écrire. Il faut accepter que les textes s’engendrent les uns les autres.

Mais vous possédez votre propre langue : vous jouez avec les registres, les formes, le rythme…

Là encore, il s’agit de faire quelque chose à partir d’un héritage linguistique. J’aime l’idée de me disséminer dans la langue plutôt que d’être dans son unité. Ce que l’on appelle une langue d’écrivain peut être la coprésence de différents langages. Quand on en parle plusieurs ils existent et écrivent ensemble. La langue que l’on invente devient plus : elle est le fruit de l’explosion de tous ces langages en éclats.

Pourriez-vous, comme TC Elimane (ndlr : un des personnages de son roman), arrêter d’écrire ?

Je n’en serais pas attristé : cela signifierait que j’ai écrit le livre essentiel, non pas pour la littérature mais pour moi. J’espère tout de même avoir encore des choses à dire. J’ai quelques idées. Mais comme le dit le poète tchèque Vladimir Holan : « De l’esquisse à l’œuvre, le chemin se fait à genoux ».

extrait de l’interview parue dans le JDD du 21/10/21

 

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