L’écriture selon Doris Lessing


Doris Lessing est une écrivaine britannique née en 1919 en Iran. Militante et engagée, elle se démarque par l’éclectisme de son écriture, du roman autobiographique à la science-fiction. Elle a obtenu le le prix Nobel de littérature en 2007. Doris Lessing est décédée en 2013.

Quand avez-vous su que vous passerez votre vie à écrire ?

J’ai passé toute mon enfance à écrire. J’ai écrit deux romans à l’âge de 17 ans, et ils étaient très mauvais, je ne regrette pas de les avoir jetés. Je devais écrire, je n’ai pas reçu d’éducation, j’ai quitté l’école à l’âge de 14 ans et je n’avais aucune formation. Qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre ? Je suis devenue fille au pair, je m’ennuyais, je me suis dit « pourquoi ne pas essayer d’écrire un roman ». L’écriture m’est tout de suite apparue comme une porte de sortie car je lisais énormément, c’est ce qui m’a sauvée et éduquée.

Comment écrivez-vous ?

Il n’y a rien de plus plaisant que d’écrire. L’idée vous vient, elle prend le contrôle, à vous de trouver comment la mettre en mot. Les métaphores sont inutiles, si vous pensez comme ça, vous n’écrirez jamais une ligne. Ecrire, ça vient du ventre, pas du cerveau, si vous commencez à examiner tout ce que vous écrivez, vous ne pourrez jamais écrire.

Quand j’écris, j’ai un plan général en tête, j’ai une idée assez précise des personnages que je veux. Je les connais, je connais leur famille, leur passé mais ça ne veut pas dire qu’un ou deux personnages étranges ne peuvent pas apparaître en cours d’écriture. Les personnages peuvent aussi évoluer au cours du roman, sans que je l’aie prévu au moment de leur création. Je m’étonne parfois moi-même de ce qu’ils deviennent.

Je n’écris pas plusieurs choses en même temps, je me concentre sur un roman et je l’écris, du début à la fin.Selon moi, quand on écrit par bribes, on perd une certaine continuité dans l’écriture. Je vois chaque livre comme un problème à résoudre, c’est ça qui dicte le genre du livre. On ne choisit pas si on va écrire un roman policier ou un roman de science-fiction, on commence à écrire et ce qu’on a à dire révélera de quel genre il s’agit.

Quelle est la mission de l’écrivain ?

Les gens trouvent toujours des messages dans ce que j’écris, mais ce n’est pas mon intention. Ce sont des histoires, je raconte des histoires. Je ne pense pas que les écrivains soient investis de missions. On oublie que les romans introduisent continuellement des territoires de la vie qu’on n’avait jamais encore explorés. Que saurait-on de la Russie sans les romans russes ? Je pense que c’est cela la fonction de l’écrivain. Même si on touche très peu de personnes. Mais il ne faut pas baisser les bras, il faut continuer d’écrire, je me refuse à penser que le monde est trop compliqué pour être compris. Un roman ne peut pas changer votre vie, par contre, il peut vous aider à penser différemment. Par exemple, The Sweetest Dream (2001) n’est pas un roman autobiographique, c’est une capture de l’esprit des années 60. C’est ce que doit être le travail d’un écrivain.

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