“Le récit idéal doit être habité avant d’être raconté”

Morgane Carmona, Responsable éditoriale pour la plateforme Édith & Nous, est à la recherche des manuscrits qui répondent aux attentes des maisons d’édition partenaires. Elle donne des conseils aux auteur.rices pour augmenter leurs chances de voir leur manuscrit repéré. 

Quelle sont vos missions au sein de l’équipe Edith & Nous ?
Mon rôle est de mettre en lumière les pépites qui s’y cachent et de partager mes découvertes avec les éditeur·rices partenaires de la plateforme. Plusieurs dizaines de manuscrits sont déposées chaque semaine. Il y a donc énormément de matière ! Je prends soin de tous les parcourir pour m’assurer de ne passer à côté d’aucun trésor. À mon sens, les dix premières pages sont décisives. Si le texte dégage quelque chose dans sa plume ou dans son intrigue (ou parfois dans les deux), je le mets de côté et le réserve pour une lecture plus approfondie. Déjà à ce stade, je parviens souvent à savoir à quelle maison d’édition je pourrais présenter le manuscrit. Cependant, il me paraît indispensable de pousser la lecture jusqu’à 50, voire 100 pages avant de le proposer aux éditeur·rices. Une fois la proposition envoyée, je continue la lecture pour pouvoir en discuter dans le détail avec les éditeur·rices qui pourront à leur tour me donner leurs impressions sur le texte.

Quelles relations entretenez-vous avec les éditeurs partenaires de la plateforme ?
Tous les éditeur·rices m’ont exposé précisément leur ligne éditoriale. J’ai ainsi pu récolter leur vision d’une bonne publication et de leur définition d’un bon texte. Globalement, ils espèrent tous dans un manuscrit trouver une voix singulière, une personnalité, une épaisseur, une intrigue inédite, une belle plume… Mais chaque maison a une identité particulière façonnée depuis sa création. Certaines acceptent des textes nécessitant un important travail éditorial avant publication, parce qu’elles croient au propos avancé. D’autres attendent une révélation, autant dans l’écriture et la construction narrative que dans le fond de l’histoire. Et puis chacune a une sensibilité différente face à tel sujet, telle thématique, tel genre ou telle ambiance dans la narration. En étant à leur écoute, je peux me faire une idée toujours plus précise de leurs besoins, de leurs envies et de leurs objectifs.

Quels conseils donneriez-vous aux auteurs pour augmenter leurs chances d’être repérés par un éditeur sur la plateforme d’Edith & Nous ?
Commencer son roman par une trop longue description n’aide pas le lecteur à entrer dans le récit. Ce qui accroche l’esprit c’est souvent une pensée, une action dans son jus. Pour séduire un éditeur ou une éditrice, l’auteur·rice doit présenter sa plume dans toute sa splendeur, qu’elle soit très littéraire, tranchante, populaire ou espiègle, et ce dès les premières phrases. Elles doivent être prenantes, saisissantes. Les yeux des lecteurs doivent filer au gré des mots et leurs doigts doivent tourner les pages (ou les scroller), presque frénétiquement, sans se rendre compte qu’ils ont déjà atteint la cinquantième. Au-delà de l’écriture qui est l’écrin du roman, il y a l’intrigue, le sujet qui se trouve à l’intérieur et qui n’attend qu’une chose : briller. Les éditeur·rices veulent être époustouflé·es, happé·es, enivré·es par une histoire qu’elles·ils n’ont jamais lue. L’important pour une maison d’édition est d’offrir à son lectorat une perception qu’il n’a jamais expérimentée jusque-là, des personnalités qu’il n’a jamais rencontrées. La nouveauté et l’inédit sont, sans conteste, la clé d’une intrigue réussie. Mais, bien sûr, le récit idéal est aussi celui qui a été habité avant d’être raconté. Auteurs et autrices, cette histoire ou ce propos, vous devez l’avoir porté, dorloté, peaufiné, choyé et amélioré par deux, trois, dix fois. C’est une partie de vous-même dont il faut prendre soin et c’est ce qui apportera toute la contenance, la présence et la profondeur de votre manuscrit. Un autre élément important, que les auteur·rices de fiction ont pour obligation de bien affiner et, surtout, de ne pas simplement survoler, est la construction des personnages. La plupart du temps (pour ne pas dire la majorité du temps), ce sont les piliers de l’ouvrage, ceux qui animent vaillamment les différents chapitres. C’est pourquoi, il est important de leur laisser le temps de se dévoiler, de ne pas, aussitôt introduits, les soumettre à une description trop précipitée, que ce soit physiquement ou mentalement. La curiosité s’envolerait et le mystère aussi puisque tout serait là, sur quelques lignes. Le dernier conseil que je pourrais donner aux auteur·rices est de soigner les dialogues. Ils constituent souvent une faiblesse dans la globalité de la narration, car il est difficile de trouver la bonne réplique au moment opportun. Après tout, il s’agit ni plus ni moins d’un instant parlé que l’on veut retranscrire sur papier. Il ne faut donc pas hésiter à les lire à voix haute pour en tirer le meilleur.

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Edith & Nous aide les auteurs à trouver un éditeur
Une première autrice publiée par la plateforme Edith & Nous

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