Une auteure poursuit son éditeur pour « vente au rabais »

Quand une écrivaine à succès découvre ses romans en soldes dans des magasins discount, son éditeur est sommé de s’expliquer. Devant la justice.

Anne Robillard est en pétard contre son éditeur, et elle entend bien le lui faire savoir. Courant décembre 2011, l’auteure québécoise apprend par hasard que des exemplaires de plusieurs de ses romans (Les chevaliers d’émeraude, Qui est Terra Wilder ? et Capitaine Wilder) sont vendus au rabais dans des magasins discount de la province francophone du Canada. Depuis, elle ne décolère pas et a même décidé de poursuivre Les Editions de Mortagne (EDM) en justice. Sont également visés : deux intermédiaires, Alima Diffusion et Rofact Distribution, ainsi que la chaîne de magasins où sont disponibles les ouvrages, Dollarama.

Violation de contrat ?

Dans la requête qu’elle a déposé auprès d’une cour supérieure, Anne Robillard s’indigne : « (…) Il s’infère naturellement un sérieux doute quant à la qualité d’une oeuvre, et de son auteur, lorsque celle-ci est vendue à 2$ (NDLR : 1,50 €) dans des magasins à rabais, qui ne sont généralement pas reconnus pour la qualité de leurs produits… » En comparaison, les titres de l’écrivaine sont affichés entre 14,94 $ et 29,95 $ (11,30 € et 22,70 €) en librairie.

S’en prenant plus directement à son éditeur, Anne Robillard l’accuse d’avoir violé le contrat que les deux parties ont conclu. Selon les termes de celui-ci, la revente au rabais ne serait autorisée que « si les ventes annuelles sont inférieures à 5 % du tirage ou si le nombre d’exemplaires en stock dépasse la quantité requise pour les ventes sur 12 mois », explique le quotidien québécois La Presse. Or, avec 1 million d’exemplaires vendus au Québec et 1,2 million en France, il est peu probable que la saga des Chevaliers d’émeraude soit touchée par cette clause par exemple.

Injonction provisoire de retrait des livres

De son côté, l’avocat d’EDM soutient que « les allégations de la requête sont dénuées de fondement et que son client n’a pas violé le contrat le liant à Mme Robillard ». Toujours d’après l’éditeur, « les livres soldés sont des retours abîmés et impropres à la revente reçus en 2008, 2009 et 2010 ».

Cette défense n’a pas empêché l’écrivaine, qui a mobilisé ses fans sur Facebook, de remporter une première victoire. Comme le rapporte en effet La Presse, « l’auteure a obtenu une injonction provisoire (…) et une ordonnance de sauvegarde (…) qui enjoignent son éditeur, [les] deux intermédiaires et Dollarama à retirer les livres des rayons de la chaîne ».

(d’après lapresse.ca)

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4 thoughts on “Une auteure poursuit son éditeur pour « vente au rabais »

  1. Philippe Roy

    En même temps, sans son énorme succès (en partie atribuable à son éditeur, non?), il n’y aurait pas un stock d’invendus suffisant pour une distribution au rabais. Tous ces exemplaires se seraient retrouvés au pilon. Cette madame est-elle donc contre l’environnement? Veut-elle interdire aux pauvres d’avoir accès à sa prose candide et manichéenne? J’évite de me prononcer, mais je suis certain que bien des auteurs rêvent de se retrouver dans cette situation.

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  2. MEUNIER GISELE

    Je ferai une réponse de Normand :
    Oui j’aimerais que mes livres soient vendus à plusieurs milliers d’exemplaires et que ceux abîmés finissent soldés pour que les lecteurs moins fortunés puissent aussi les lire.
    Non, je veux que le travail que j’ai fourni soit reconnu à sa juste valeur et donc que le livre soit vendu à son juste prix.
    Bref j’aimerais bien être à sa place… et je ne viendrais pas pleurer pour un pourcentage minime d’invendables soldés. L’essentiel n’est-il pas d’être lu et apprécié, ce qui motive pour poursuivre dans ce qui peut être une mission d’écrire ?
    Et il est si difficile de convaincre un éditeur de publier nos ouvrages….. !!! Ne les décourageons pas.

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  3. Thierry ROLLET

    La Loi Lang, en France, permet aux grandes surfaces de vendre des livres neufs (moins d’un an) à un prix inférieur de 5% au prix de vente normal. Pour les livres plus anciens, les grandes surfaces peuvent pratiquer le prix qu’elles souhaitent, mais l’éditeur n’est pas obligé, bien sûr, d’accepter leurs conditions. Il semblerait qu’au Canada, les livres soient moins bien encadrés légalement qu’en France. Ceci dit, aucune grande surface française ne songerait à vendre un livre à un prix aussi bas : elle préfèrerait s’en débarrasser.

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