Un éditeur choisit le supermarché

HarperCollins a signé un contrat d’exclusivité avec Sainsbury’s. Trois livres de l’éditeur anglais seront vendus uniquement par l’enseigne de grande distribution.

Sainsbury’s distributeur exclusif de HarperCollins ? Ce n’est pas encore tout à fait le cas, mais un pas a été franchi ce mercredi. La maison d’édition britannique a en effet annoncé hier  avoir conclu un accord avec la chaîne de supermarchés. Cette dernière sera donc la seule autorisée à vendre trois ouvrages de la collection Avon, spécialisée dans les romans à l’eau de rose. Les trois titres en question sont Sowing Secrets, de Trisha Ashley, Amnesia, de Beverly Barton et The Perfect Christmas, de Georgie Carter. La sortie des deux premiers est prévue pour juillet. Le troisième est attendu pour septembre.

Du côté d’Avon et de Sainsbury’s, on se félicite bien évidemment de cette initiative. « C’est merveilleux d’aider Sainsbury’s à développer son offre de livres de fiction », s’enthousiasme Caroline Ridding, éditeur associé chez Avon. Pour Phil Carroll, chef du département Librairie chez Sainsbury’s, ce partenariat représente « une opportunité fantastique » d’offrir aux clients des supermarchés des bestsellers en exclusivité. « Ce marché va permettre à notre enseigne de se positionner comme l’un des leaders de la librairie au Royaume-Uni », s’est-il réjoui.

Inquiétude pour la liberté éditoriale

Sam Jordison estime lui, dans les colonnes du Guardian, que la nouvelle ne va pas arranger la situation déjà très compliquée des éditeurs britanniques. « Ils devaient déjà faire face au piratage, à la crise économique ou au fait que les gens rechignent à payer cher pour des livres numériques », détaille-t-il. Mais ce contrat d’exclusivité pose de nouvelles questions, selon lui : « Que vont-ils faire si ce genre d’accord se multiplie ? interroge-t-il. Pour le moment, on peut imaginer que HarperCollins s’en tire bien, mais combien de temps cela durera-t-il une fois que la concurrence aura été balayée ? Approvisionner les supermarchés n’a pas bénéficié aux producteurs de lait, loin de là, alors pourquoi en serait-il autrement pour les éditeurs ? »

Autre inquiétude que l’écrivain-journaliste soulève : celle de la liberté éditoriale. « La situation était déjà suffisamment mauvaise quand les supermarchés ne se mêlaient que de la conception des jaquettes, des titres des livres et du nombre d’injures permises dans chaque ouvrage, s’emporte-t-il. Mais voilà maintenant qu’on les place en plus en position de décider quoi mettre dans les livres et qui doit les écrire. C’en est trop ! »

« Les éditeurs ne sont que des cyniques et des idiots »

Du coup, il n’hésite pas à s’en prendre directement – et violemment – aux dirigeants des maisons d’éditions : « La plupart d’entre eux ne sont que des cyniques et des idiots, attaque Sam Jordison. Ils ne se soucient plus de la qualité de leurs produits, et privilégient les profits immédiats à la croissance à long-terme. »

Il leur reproche également de manquer de courage : « Ils sont très frileux quand il s’agit de publier des œuvres originales, inhabituelles, ou de promouvoir de jeunes écrivains. En revanche, ils seraient prêts à tout, même à sacrifier la survie de leur entreprise, pour s’assurer la collaboration d’une grande entreprise. » Avant de conclure de manière tout aussi cinglante : « Attention, la course au caniveau ne fait que commencer. »

(d’après The Bookseller et The Guardian)

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One thought on “Un éditeur choisit le supermarché

  1. Cayatte

    Sam Jordisson est un fossoyeur sans importance, il fait partie de l’humain et de la conjoncture. S’il est vrai qu’il est facile de discréditer des éditeurs, dits mineurs, qui se lancent dans la bataille pour promouvoir des auteurs inconnus, c’ela va dans le sens de la vie qui va. Quelle orientation pourrait-elle prendre sans le sens du progrés technologique et de ses avancées essentielement pragamatiques? Que va devenir le comportement social, la mentalité des gens, leurs orientions, leurs intérêts, pas seulement suscités par l’esprit de découverte et de connaissance de la masse,  » dans sa conscience de masse », en général. Découvrira-t-elle qu’on lui a menti ? La téchnologie est là, on ne peurt la nier, au service de l’humain. Sinon, à quoi bon? Ceux qui n’achètent que des valeurs côtés en bourse peuvent être surpris du jour au lendemain que leur avantage vire à leur détriment. La faillite de l’esprit peut-être devant la puissance et l’essor de transformation. Il me tarde de voir les gros éditeurs passer la main à internet, au livre numérique. Qui peut dire ce que sera la vie dans trois ou cinq ans, à moins d’en parler aux voleurs de vie? Il faudrait peut-être interroger le grand voyant.

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