Un bel exemple de marketing du livre

Que vous le lisiez ou non, vous allez forcément entendre parler du prochain livre de l’écrivaine Tatiana de Rosnay. Car tout a été mis en oeuvre pour que personne n’y échappe. Revue de détails par Alain Beuve-Méry dans un article publié dans le quotidien français Le Monde :

Rose, ce n’est plus la vie, c’est du marketing

Vous avez la naïveté de croire que vous pourrez échapper à Rose ? Grave erreur ! Rose, c’est le titre du nouveau roman de Tatiana de Rosnay, lancé prochainement par les éditions Héloïse d’Ormesson, et c’est le prénom de son héroïne : une femme du Second Empire, en lutte contre la destruction du Vieux Paris par les sbires du baron Haussmann.

Difficile pour les libraires ou les critiques d’ignorer la sortie de ce best-seller annoncé. Son plan média et marketing figure au dos des « épreuves » (la version quasi définitive du texte, envoyée en amont à la presse pour qu’elle puisse en parler dès sa sortie).

Le journaliste, donc, sait tout du lancement de Rose. Dans cette optique, passer à côté de l’événement revient soit à friser la faute professionnelle, soit à se montrer volontairement obtus. Impossible en effet de ne pas savoir que le nouveau roman de l’auteur d’Elle s’appelait Sarah et de Boomerang va bénéficier d’une campagne radio et d’affichage, de publicité dans la presse, de marque-pages, d’affiches, et que son premier tirage a été fixé à 70 000 exemplaires. « Cela peut apparaître comme un peu tapageur, mais il s’agit du lancement le plus important pour la maison que je dirige depuis sa création », justifie Héloïse d’Ormesson. De fait, la méthode est originale, même si elle s’inspire directement des pratiques américaines. Outre-Atlantique, certains éditeurs ont déjà ajouté, dans les épreuves fournies aux journalistes, le plan de communication de l’ouvrage, mais pas de manière aussi voyante.

Toujours dans la même veine, un site Internet consacré au livre est annoncé : tatianaderosnay-rose.com (qui n’est pas encore ouvert) ainsi qu’une « synergie » avec le Livre de poche, qui publie Le Voisin, le précédent ouvrage de Tatiana de Rosnay, avec renvoi à Rose. Tout semble par conséquent en place pour obtenir l’impact maximum auprès des fans de la romancière, dont il est aussi rappelé au passage qu’elle est « l’auteur français le plus lu en Europe et aux Etats-Unis en 2010 », selon The Bookseller. Bref, si le chaland passe à côté de Rose, c’est qu’il est vraiment dans les choux.

Audacieuse, la stratégie adoptée par les éditions Héloïse d’Ormesson anticipe sur un succès forcément aléatoire. Alors que le livre n’est pas encore en librairie, il est d’ores et déjà présenté comme un best-seller. Comme avant le démarrage d’une fusée, tous les feux sont au rouge vif, couleur de la rose qui ornera au final la couverture de l’ouvrage. Héloïse d’Ormesson assume « cette démarche volontariste » et espère franchir le cap des 100 000 exemplaires vendus en France, pays où Tatiana de Rosnay a, pour l’instant, moins de succès en grand format qu’aux Pays-Bas, en Allemagne ou aux Etats-Unis. « Il est important pour nous que Tatiana de Rosnay ne soit pas reconnue comme l’auteur d’un seul livre », ajoute l’éditrice.

Au Salon du livre de Paris, qui se tient du 18 au 21 mars, les éditions Héloïse d’Ormesson ont loué un stand pour la première fois. Cet espace servira à tester, en direct, le succès de Rose. Chaque année, on assiste en effet à un duel de dames pour le record de dédicaces entre Amélie Nothomb, affublée de son chapeau pointu, Anna Gavalda ou Katherine Pancol. L’événement dira si Tatiana de Rosnay parvient, cette fois, à déclencher une guerre des roses.

(Article écrit par Alain Beuve-Méry pour Le Monde, 17/02/2011)

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