Tout savoir sur le comité de lecture de Gallimard

Le comité de lecture de Gallimard qui existe depuis 1925 est devenu mythique au fil des années. Un article du quotidien français Le Monde vous ouvre les portes de cette structure décisionnaire au sein de la maison d’édition centenaire :

L’éditeur et son comité de lecture

Le comité de lecture de Gallimard est l’un des hauts lieux du monde littéraire français. Il a été créé par Jean Paulhan en 1925, à la mort de Jacques Rivière, l’un des fondateurs de La Nouvelle Revue française (NRF). Le but du comité était de réduire l’influence d’André Gide et de Jean Schlumberger, autres cofondateurs de la maison. Il a eu, d’emblée, l’originalité d’être composé d’écrivains confirmés qui jugent les manuscrits de leurs pairs, indépendamment de toute considération financière. Et ce, à rebours des autres maisons, qui s’appuient sur l’avis d’éditeurs ou de lecteurs professionnels. Camus, Malraux, Queneau, Caillois, Mohrt, Grenier, Quignard (jusqu’en 1994), Le Clézio, pour n’en citer que quelques-uns, ont appartenu ou appartiennent encore à ce cénacle très fermé, où se décide une bonne partie de la marche de la littérature française.

Depuis des décennies, chaque mardi à 17 heures, le rituel est le même. Dans son livre de Mémoires, Vocation : clandestine, Dominique Aury, qui fut pendant vingt-neuf ans la seule femme du comité, raconte que, dans le grand bureau ovale de Gaston Gallimard, deux demi-cercles se font face. D’un côté, les quatre Gallimard, Gaston et son fils Claude, Raymond et son fils Michel ; de l’autre, la dizaine d’écrivains.

Une note de lecture

Une première sélection parmi les 6 000 manuscrits reçus actuellement rue Sébastien-Bottin est effectuée au préalable par le secrétariat du comité. Chaque membre en lit deux par semaine et doit donner son avis. La note « un » signifie publication ; « deux », mérite une relecture ; « trois », aucun intérêt. C’est ainsi que Faulkner, Sartre, Kerouac, Char, Eluard, Duras, Miller, Modiano, Yourcenar, Tournier, Saint-Exupéry, Gary, Cocteau ou Kessel sont entrés dans la prestigieuse collection  » Blanche  » de Gallimard.

Michel Polac, qui y publia en 1956 un roman, La Vie incertaine, parle encore aujourd’hui avec émotion de la note de lecture de Camus : « L’auteur est à suivre parce qu’il est intelligent, direct et parfois émouvant. » Ce qui ne l’empêcha pas de n’en vendre que 700 exemplaires.

Aujourd’hui, le cérémonial a quelque peu changé. Le comité se réunit dans le bureau d’Antoine Gallimard, qui a relancé cette institution dont Françoise Verny, éditrice chez Gallimard de 1982 à 1986, se méfiait. Contrairement à son grand-père et à son père, qui restaient silencieux, Antoine Gallimard a pris l’initiative d’animer les réunions du comité, d’expliquer le parti pris d’une décision, de laisser chacun exprimer son enthousiasme ou son désaccord. Il y a fait entrer Philippe Sollers, Milan Kundera, Richard Millet ou sa soeur, Isabelle. Et l’a ouvert pour la première fois, au grand dam de la vieille garde, à des non-écrivains, jeunes éditeurs comme Thomas Simonnet et Ludovic Escande, en 2010. Mais surtout, en cas d’hésitation, il se réserve le droit de trancher. Ce que Jean Paulhan, qui voyait dans le comité « une association de vocations », n’aurait pas forcément accepté de Gaston.

(article écrit par Yann Plougastel pour le Monde des Livres, 10/03/11)

Retrouvez sur le site Internet du Monde, d’autres articles consacrés à Gallimard à l’occasion des 100 ans de la maison d’édition :

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7 thoughts on “Tout savoir sur le comité de lecture de Gallimard

  1. Bonjour,

    Bonjour,
    Ecrivain public en province, je suis aussi relectrice (j’ai travaillé pour un(e) auteur(e) du cru) et je recherche dans un premier temps quelques travaux de relecture (j’ai fait 2 années de formation auprès du « centre d’étude et de communication » à PARIS) ou à tout moins je souhaiterais intégrer un comité de lecture pour l’amour des mots. On dit qu’oser permet parfois…
    Bien cordialement.

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  2. Pingback: Comment les éditeurs dénichent-ils les futurs bestsellers ?

  3. gerbier

    Bonjour
    Je suis en cours de création d’une maison d’édition, après 20 ans d’expériences dans le monde industriel et de l’édition, je souhaite voler de mes propres ailes, j’ai des contacts , des manuscrits mais il me manque un « comité de lecture ».
    Quelles sont vos attentes de votre coté ?
    Bonne journée à vous

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    • jean-marie houyoux (pseudo JM Allain)

      @gerbier. C’est tardif mais…Où en êtes-vous de votre constitution de comité de lecture…et de votre maison d’édition ? Et si elle a vue le jour, sous quel raison sociale ? L’article résume bien toute la difficulté d’être édité et comment en serait-il autrement quand les manuscrits ne sont tout simplement pas lus..? Il faut quasiment un miracle pour percer ce mur quand on se refuse à l’édition à compte d’auteur…Vous résolvez cette quadrature de quelle façon. Qui éditez-vous ?

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  4. Jérôme Amundala

    Salut!
    Juste vous dire que j’ai toujours rêver de publier dans vos éditions.
    Au retour du courrier, par votre réponse, je saurais comment procéder.
    Je suis de la RD Congo, actuellement résident ici à Rabat, au Maroc.
    Bien cordialemennt!

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  5. Justine

    Bonjour, j’aimerai envoyer mon manuscrit à Gallimard mais je voudrai savoir d’abord si c’est une maison à compte d’éditeur ou d’auteur?

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