Un été

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C’est la fin du mois de juin. Une maison au milieu d’une cour d’école. L’école est désertée. Il n’y a plus de gamin dans le village depuis longtemps. La maison est restée là, blanche, au milieu de la cours grise, seul témoin d’un temps résolu. La porte est close. La lumière sort de la petite fenêtre. Un signe de vie. Timide.
Un homme cogne à la porte. Il est grand. Il est en costume. Il porte un feutre noir. Il frappe plus fort. Aucune réponse. Puis, un bruit de serrure. La porte s’ouvre. La vieille dame lève la tête. Elle est habillée d’une longue robe noire. Ses cheveux sont d’un joli blanc soyeux. Elle regarde l’homme. Elle lâche la poignée de la porte. Elle met sa main devant sa bouche pour ne pas crier. Un souffle lui échappe « Augustin… » Tout son corps se met à trembler. Il la regarde. Ils se regardent. Longuement.
Ils entrent dans la maison. La veille dame lui prend la main. Une longue main fine, à la fois forte et douce. Une main ridée, vieillie, mais elle en connaît toutes les lignes. Elle dit :
– Ca fait combien d’année ? Que je t’attends…
Silence. Il balbutie un « je sais » pour se déculpabiliser. Il sort son paquet de cigarette.
– Tu fumes toujours ?
Elle sourit. Elle prend une cigarette, l’allume avec toute l’élégance dont elle était capable à l’époque. L’odeur du tabac la ramène dans ce passé qu’elle a voulu oublier. Il n’a pas changé, cet homme qu’elle a follement aimé. Le temps d’un été. Elle lui demande :
– M’as tu aimée ?
Il sent son corps se glacer. Comment peut elle en douter ? Il l’a aimé, plus que tout au monde. Plus que… Mais il n’a pas pu faire d’autre choix. Il pleure sur une image lointaine de quelques nuits d’été. Il se souvient de la plage, de la chaleur du mois d’aout, de l’amour toujours plus brulant.
Elle sanglote.
Il raconte la séparation, le départ qu’il n’a pas pu repousser, le remord. Le remord avec qui il a passé toute ces années. Combat entre le remord et l’orgueil. L’orgueil de se croire au dessus de tout. Au dessus de l’amour. Qu’est ce qu’il y a au dessus l’amour ? Rien ne peut être au dessus de l’amour. Il a compris ça plus tard. Trop tard. Lorsque sa vie était bien rangée. Figée. Inamovible.
Elle écoute.
Elle écrase le mégot de cigarette dans le cendrier. Quelque chose se produit. Elle ne sait pas ce que c’est exactement. Une joie mêlée à de la terreur. La joie de l’avoir retrouver. La terreur de le perdre à nouveau.
Elle regarde son visage vieilli, ses cheveux gris et dans le regard, la tristesse d’un paysage de nuit.
Il lui caresse la joue. Dans ses yeux à elle, il lit la peur, la bienveillance. Il lit l’amour.
Dehors, l’orage éclate. La foudre. Les éclairs. Il dit qu’il ne peut pas reprendre la route. Il la prend dans ses bras. Tendrement. Comme il le faisait autrefois. « Madeleine… ».
Après l’orage. C’est une maison au milieu d’une cour d’école. Elle est complètement ouverte. On dirait une fête.

Anne-Sophie A.

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