Octobre

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« Une maison au milieu d’une cour d’école. Elle est complètement ouverte. On dirait une fête. »

Le silence dément la première impression. Peut-être suis-je devenue sourde. Quelques couleurs débordent des portes et des fenêtres. Bouches et yeux agrandis par une joie éteinte.

Je m’approche. Mes pas résonnent. Font battre plus vite mon cœur. Ils deviennent des étrangers qui tentent de me surprendre.

Hier, la maison souriait. Une écharpe de fumée grise se déroulait. En haut de la cheminée. Des enfants jouaient. Tout autour. Bruyants. J’étais l’un d’entre eux. Dissimulée au sein d’un amas de tissus, de chair et de couleurs mal assortis.

Je ne joue jamais. J’ai perdu le don de l’enfance. J’observe. J’écoute. Je m’évade. Souvent.
Aujourd’hui, je suis seule. Seule avec cette fête. Un peu triste.

Elle me ressemble.

L’air entre et sort de la maison. Son entêtement à n’émettre aucun son est comme un animal minuscule qui entrerait en moi par les pores de ma peau. J’ai un peu peur. Je crois .
De longs serpents soyeux, vivement colorés, tentent de s’échapper par les fenêtres béantes. La maison est un corps inanimé agité de faibles soubresauts.
Je ne sais plus où je suis.

Autour de moi, des personnes se mettent à courir. Beaucoup crient. Des hommes. Des femmes. Des enfants. Les visages sont sales. Couverts de poussière. Lézardés de coulées de larmes.
Je ne bouge plus. La maison dans l’école a disparu. A sa place, un tas de ruines. Des milliers de particules s’en échappent. Étoiles infiniment petites. Elles montent vers le ciel. On les croirait aspirées par une bouche puissante.
Une sirène retentit. Un vrombissement assassine l’été. Des hurlements se mêlent au bruit. A la cohue.

Je ne bouge toujours pas. Je sais que tout cela est faux. Mon esprit cherche à quitter sa cage. A m’abandonner ici. Des avions déchirent nos corps. Frôlent nos têtes. Effacent le présent.

Je me souviens. J’étais une écolière. Semblable à toutes les autres.
Les portes de l’école étaient ouvertes pour la fête des couleurs. Nous célébrions le printemps. La guerre s’est invitée. C’était une vieille enfant. Elle n’aimait plus les jeux. Ni les autres enfants.
Des personnes affolées se précipitaient vers un point invisible. Des milliers de personnes. Semblables à ces poussières qui dansent dans un rayon de soleil.

J’étais l’invisible. L’inaudible. J’étais la petite se noyant dans la foule. Mes cris n’atteignaient plus la côte. Mes larmes se perdaient dans un océan.
J’attendais ma mère. Maman. Que tout redevienne. Qu’un seul de ses baisers m’apaise. Que la douceur de sa peau contre ma tempe répare notre école.
Mais l’école s’envolait. La foule en furie ravageait ce qui était encore intact. Foulait de sa terreur les cendres du bonheur.

Quelqu’un saisit ma main. La tire vers lui. Je ne cède pas d’un millimètre. Il m’entoure de ses bras. Me décolle du sol. Sauve ma vie. Ce qu’il peut sauver.

Hier retrouve sa place. Dans ma mémoire. Dans ses décombres. Maman ne vient pas. Ne revient pas. J’ai perdu sa douceur. J’ai oublié l’enfance.

Octobre s’endort. Chaud. Doux. Calme.
L’été s’attarde dans le ciel. Tout est désert. Tout est silence.

« Une maison au milieu d’une cour d’école. Elle est complètement ouverte. On dirait une fête. »

Elisa Romain

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2 thoughts on “Octobre

  1. Elisa Romain

    Merci à toi Val pour ce commentaire et pour ton vote.
    Merci à ceux qui ont apprécié ce texte. Participer à ce concours a été une expérience agréable et vivifiante : se confronter aux vivants dans cet univers virtuel est indispensable !

    Merci donc à tous et bravo aux autres candidats pour leur texte.
    A la prochaine fois !

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