Maux-dits

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J’offrais mon cul, je me faisais payer en émotions, en présence, en sms. Je boursicotais sur les sentiments, je suivais les courbes, je m’adaptais à la demande, froidement. J’étais affamée, de désir, de reconnaissance, un besoin inextinguible de sentir mon corps vibrer. Mais à trop vibrer, la corde risque toujours de se briser.
Maintenant j’échange des mots. Sur un site de journal intime.
J’y suis arrivée quand tout a débordé, quand la bulle spéculative amoureuse m’a explosé à la tête, quand ce que je redoutais c’est produit, quand j’ai disparu, que je ne me suis plus accordé de valeur. Les vibrations avaient laissé la place à la nébuleuse, je naviguais dans un espace obscur où ma place n’était pas définie.
J’avais rencontré l’arnaqueur. J’avais offert du sexe, il m’a vendu du rêve, je me suis fait prendre au marché de la négociation. Par peur de perdre un partenaire, j’ai pioché dans mes économies sentimentales, je me suis enflammée, j’ai donné sans compter. Il a disparu avec la caisse. C’était un de ces mauvais placements qui vous font voir le trottoir de très près. Je suis arrivée sur ce site d’écriture personnelle, la gueule ensanglantée, le cœur derrière les lèvres, la tête dans les orteils.
J’ai craché…
Tous les mots qu’il refusait d’écouter ou ceux que je ne voulais pas lui dire pour ne pas le perdre. Ces mots je les ai entendus, moi… Je me suis trouvée pathétique et touchante, ridicule et rigolote dans mon malheur en papier mâché.
Et puis sur ce site il y avait d’autres personnes et elles aussi elles ont tout entendu, elles ont mis des réponses là où il mettait du silence ; ce n’était peut-être pas la vérité, comme mes récits n’étaient sans doute pas le reflet du réel, mais c’était suffisant pour me reconstruire.
La communication déficiente et malsaine d’un côté, apaisante et bienveillante de l’autre.
Et puis je profitais des écrits des autres, de leurs aventures, de leurs ressentis, de leurs souffrances aussi ; rapidement, je me suis mise à consoler, à conseiller, à m’émerveiller. Je ne souffrais plus de la faim, je ne souffrais plus de l’absence ou du silence, je profitais de la compréhension et je distribuais de l’empathie.

L’échange de mots c’est l’hôpital des sentiments. Le sexe doit garder sa place de food truck. Et les sentiments rester la cagnotte accessible aux riches et aux chanceux.

Valnonette

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