L’écharpe d’Iris

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Le bras s’étire, suspendu à l’incertitude du temps. Le lit de ses veines affleure sous l’écorce de vie. Le bras s’étire et tend une main noueuse aux doigts longs et majestueux. Le bras s’allonge et cette main, souveraine, dont les doigts tendus s’incurvent un peu, se glisse dans le sanctuaire d’une autre, fraîche, douce et repliée pour mieux recevoir. L’écho de deux souffles. Le premier, ténu, le second, ardent.
Il est là qui veille. Il est là qui caresse avec tendresse la peau rugueuse et sèche de l’aïeule.
Son père est venu le chercher tout à l’heure à l’école. Ils ont marché le long d’un couloir aux murs blancs. Ils sont entrés dans une pièce dans laquelle il y avait tous ces bouquets de fleurs. Ça sentait bon. Sa grand-mère était dans un lit, le dossier relevé et la tête maintenue par un oreiller. Ses yeux étaient fermés et il n’a pas osé se rapprocher, impressionné par tous ces écrans allumés autour d’elle. Ces chiffres, ces lignes lumineuses qui changent tout le temps de forme, ces bip-bip-bip incessants. Son père lui a dit qu’elle était un peu fatiguée et qu’elle devait être soignée à l’hôpital. Tous ces appareils permettent de surveiller son cœur. Il n’a pas compris. Sa grand-mère lui avait dit un jour que son cœur était comme un livre ouvert. Sur chaque page était inscrit tout l’amour qu’elle avait pour sa famille avec un chapitre rien que pour lui. Alors pourquoi surveiller ce cœur qui n’a rien fait de mal ? Quand elle a ouvert les yeux et lui a souri, il a lâché la main de son père pour prendre celle qui lui était tendue. Maintenant, il est heureux et rassuré d’être auprès d’elle.
Sa grand-mère lui demande comment ça va. Alors il lui raconte tout, comme il le fait chaque jour quand il passe prendre son goûter chez elle en sortant de l’école. Il a eu un devoir en mathématiques et il a fait tous les exercices. Il s’applique à dire mathématiques et non pas maths car elle aime quand on dit les mots en entier. A la récré…euh pardon la récréation, avec Mathilde, ils ont acheté des tickets de tombola pour la fête de l’école qui a lieu demain. Il a promis à sa camarade de venir et de ne pas être en retard. On ne sait jamais, ils pourraient gagner le gros lot.
Sa grand-mère est toujours très attentive quand il parle. Jamais elle ne lui coupe la parole comme peuvent le faire les autres adultes. Dans son appartement, il y a une grande bibliothèque et elle a rangé sur les rayons du bas tous les livres qui peuvent lui plaire. Après le goûter, elle l’aide toujours à faire ses devoirs et s’il a encore un peu de temps avant l’arrivée de son père, il lit pendant que sa mamie brode à côté de lui. Parfois, elle lui demande d’aller lui chercher quelque chose dans sa chambre avec un tu serais un ange si…. Alors il se précipite, faute de pouvoir voler.
Son père s’approche. Il est temps de rentrer et de la laisser se reposer. Il se met sur la pointe des pieds pour poser sur sa joue un baiser. Je t’aime grand-mère. Moi aussi mon chéri murmure-t-elle dans le souffle d’un sourire.
Le lendemain matin, le bruit de la pluie qui bat contre les volets de sa chambre le réveille. Quand il se lève et va dans la cuisine, il voit son père assis devant la table, le dos un peu voûté, le visage entre les mains. Son papa se redresse, le prend dans ses bras et lui parle. Des mots tristes. Des mots doux.
L’enfant, poussé par une promesse faite à une camarade, arrive devant une maison au milieu d’une cour d’école. Elle est complètement ouverte. On dirait une fête. Il n’entre pas encore dans la cour, retenu par le spectacle du soleil qui prend le pas sur la pluie. Un pont de lumière irisée flotte dans le ciel et sépare l’azur en deux parties. L’une est sombre et humide, l’autre, lumineuse et éclatante de pureté.

Raphaëlle Bouvier

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