Le sort de la cellule

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Uriel. Sa maison, il ne l’aime pas. C’est une prison. Sa mère sera bientôt internée à l’asile. Son père, toujours absent, ne sait que faire de ce petit condamné à vivre. Enfermé dans sa chambre, Uriel se punit d’être né et lorsque la nuit s’abat dans sa cellule, il sombre sans pouvoir apercevoir la lumière éphémère du sommeil. Asphyxié par l’angoisse et la solitude, l’obscurité de sa chambre lui rappelle sa mère, la folle. Sans alarme, ses monstres se réveillent. Voix, cris, rires et pleurs se révèlent dans son esprit. Soudain, il est pris de frissons. Il ne veut pas finir comme sa mère, fou, à seulement sept ans ! Il sait que tout le monde le trouve étrange car il n’ouvre la bouche que pour avaler les horreurs délicieusement concoctées par son père. Le reste du temps, il souffre de silences compulsifs ; symptômes incontrôlables.

Lueur d’espoir. Le crépuscule glacial renaît de ses cendres car il est maintenant cinq heures du matin et la nuit a rendu l’âme. Dans trois heures trente, il pourra retrouver sa liberté dans sa vraie maison. Elle est claustrée au coeur de la cour d’école. Il l’a façonnée à son image.

8 heures 30. Enfin délivré du joug du cocon familial, Uriel guette l’arrivée de la récréation. Lorsqu’ enfin sonne le glas, il se précipite, comme le fait son camarade David, tous les jours, à 4h 30, quand sa mère vient le transporter au foyer paradisiaque. Uriel s’est donné beaucoup d’ambitions aujourd’hui. Il s’est promis d’achever le chantier à l’apocalypse de l’interlude, c’est-à-dire, dans à peine 10 minutes. Accompagné de ses monstres muses, il atteindra son point de mire. Crayons jaunes, verts, bleus, roses, oranges, toutes les couleurs de l’arc-en-ciel orneront la charpente de la maison dont lui seul est propriétaire. Son père, lui, n’est capable d’être plus que le locataire d’un foyer hanté par les crayons noirs.

Ca y est ! Désormais, l’école toute entière prendra la mesure de ses talents d’architecte et de décorateur d’extérieur, de ses talents d’artiste persécuté. Cette maison multicolore est une vraie œuvre d’art au milieu de la cour d’école. Elle l’illumine.

«  Uriel, tu es une vraie graine d’artiste mon petit dis-donc ! Ce banc n’a jamais été aussi gai.
_ C’est ma maison, maîtresse.
_ Ce banc est ta maison? Mais une maison est composée d’un toit, de murs et d’une porte d’entrée. On a tous besoin d’une clef pour rentrer chez soi et refermer la porte. Grâce à ça, tu peux être heureux et paisible entouré de ta famille. Et surtout, aucun intrus ne peu s’y introduire. »

23h30. La nuit gronde. Elle se fâche car elle a perdu le pouvoir de ses ténèbres. Au milieu de la cour d’école, la maison d’Uriel rayonne plus que les deux lampadaires grotesques l’isolant de sa solitude. Hiboux, crapauds et chauve-souris, locataires nocturnes, dansent et festoient librement. Tous s’y donnent rendez-vous jusqu’au lever du jour, à 5 heures du matin. Pour Uriel, il est bientôt l’heure de les rejoindre, dans sa véritable maison. C’est ici qu’il est autorisé à s’évader de sa réalité d’enfant schizophrène emprisonné dans sa bulle. Ses esprits diurnes l’ont mis en liberté provisoire, dans cette bacchanale.

Anaelle

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