La maison du samedi soir

Votez pour cette nouvelle en la partageant sur Facebook et Twitter !

Une maison au milieu d’une cour d’école. Elle est complètement ouverte. On dirait une fête. Il est 19 heures. Une pomme gelée roule sous le saule de l’entrée. Un jeune homme s’en approche, la contourne, semble réfléchir un instant, la ramasse puis entre dans la maison éclairée. De grands éclats de rire, quelques chants enfantins, puis plus rien. La lumière faiblit, la maison disparait. Seul le saule, reste immobile, nuit et jour.
Tous les samedis, c’est le même phénomène. Les éclats de rire sont plus forts en été mais l’hiver, des lumières colorées derrière les fenêtres fermées dansent et tourbillonnent joyeusement. Selon les saisons, l’homme ramasse une poire, un potiron, un chou, un radis, une cerise… Ces derniers temps, Aline avait remarqué qu’il restait plongé dans une plus longue réflexion. Elle attend derrière les grilles, tous les soirs, en espérant voir les autres habitants et les invités en sortir. En vain.
Tout avait commencé un samedi du mois de septembre. Aline avait oublié son cartable dans la cour de l’école. Elle s’était dépêchée d’y retourner le soir après son cours de violon. Curieusement, le terrain de basket, était recouvert d’une énorme planche de bois. Les samedis suivants s’était opérée une étrange métamorphose. Et en peu de temps, elle avait vu apparaitre cette maisonnette enjouée et colorée.
Aline observe la cour depuis une trentaine de minutes. Elle n’essaye plus d’escalader la grille. Elle est déjà tombée plusieurs fois. Les volets en se fermant rejettent des craies, comme chaque soir. Elle en ramasse quelques unes pour compléter sa collection, puis se relève rapidement : c’est toujours à ce moment là, que la maison disparait.

Le lundi suivant, Aline s’isole dans la cour. Elle s’est disputée avec son prof de math et a crié avant de claquer la porte que si Monsieur Dubois ne savait pas combien de minutes il lui fallait attendre pour que sa baignoire se remplisse, il n’avait qu’à rester à côté ! Et puis, qu’il le sache bien, elle en avait marre de devoir régler ses problèmes tous les lundis ! Ca n’a pas plu à Monsieur Duchamps, son professeur. Aline est assise sous le saule. Tout est gris. L’école est affreusement triste. Le goudron est dur et froid. Même l’arbre, ce matin hivernal, ne pourrait la sauver de cette grise lassitude.
Près d’une racine, elle voit un quartier de pomme. Le blanc est si éclatant qu’elle hésite à le toucher. Elle a très faim et ses mains sont gelées. Elle saisit le morceau, sent une soudaine chaleur lui picoter les doigts, et d’un geste, sans plus réfléchir, mange le quartier de ce fruit qui explose en mille éclats onctueux. Elle entend alors la voix du concierge : « Au-revoir Monsieur Dubois ! ». Encore un Monsieur Dubois ! Aline écarquille les yeux : C’est l’homme de la maison mystérieuse du samedi soir.

Cécile Ros

Partagez cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.