L’ occasion.

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Vibration. La chair de sa cuisse tremble. Vibration. Bip. Son électronique. Il plonge sa main dans sa poche, saisit l’objet. Vibration. Bip. Son électronique. Plus fort. Il tient l’objet entre elle et lui. Sur la petite bande éclairée défile un message. Vibration. Bip. Son électronique. Le bouton rouge. Une pression. Plus le son. Il lit. Le silence. Il lit encore. Son ventre est vide tout à coup. Elle le regarde. Elle sait. Le silence. Elle laisse ses yeux se vider de sa joie. Il lit toujours. Il veut encore lire, toujours. Elle dit :  » Allons-y.  » Silence brisé. Il lève la tête. Elle dit :  » Allons-y.  » Il pleure. Elle pleure. Il acquiesce. Elle le prend par le bras. Il est 22h.
La voiture. Les portes claquent. Le klaxon. Les panneaux défilent. Les lumières. La ville. Les bruits. Le moteur. La voiture se gare. Ils se précipitent. Ils entrent. Elle se présente. Elle le présente. Derrière un bureau, un homme écoute. L’homme le regarde, se lève, se précipite vers lui. L’homme dit :  » Suivez-moi !  » Il la regarde. Il tremble. Elle pleure. Il suit l’homme, pousse une porte, marche dans un couloir. Son ventre pèse. Envie de vomir. Vertige. Il entre dans une chambre. L’homme dit :  » Déshabillez-vous !  » Il a froid. Il a honte. On entre. On lui sourit. On le lave. On le rase. On lui parle. Il n’entend pas. Il grelotte. Il sent l’antiseptique. L’homme dit :  » Mettez-ça !  » Une blouse. Ses fesses dépassent. Il est nu dessous. Il a froid. Il a honte.
L’homme dit :  » Allongez-vous !  » Le chariot couine. Le plafond défile. L’homme pousse. L’homme est sérieux. Il voit son visage par dessous. Le plafond défile. Néons aveuglants. Une porte s’ouvre. Un ascenseur. Le plafond défile et s’arrête.
Il tremble. Son ventre est le néant. Il est seul. Il fait froid. L’homme est parti. La lumière est partout. Des écrans, partout. Des machines, partout. On entre. Des yeux cachés derrière des tissus verts. Ces yeux lui sourient. Parmi eux, deux yeux maquillés. Ils sont doux. Ces yeux lui disent :  » Ca va piquer un peu.  » Une douleur au bras, aigue. L’image flotte, lentement. Le son résonne. Son corps est lourd. Il ne comprend plus. Le noir. Il ne pense plus. Le silence. Il s’efface. Tout s’efface. Le rien. Il meurt. Il est minuit.
Bip. Le noir. La douleur. Il a chaud. Bip. La poitrine se lève. Bip. La poitrine s’abaisse. Douleur. Il est allongé. Bip. La langue est sèche. La chaleur. Bip. Il souffre. De l’eau. Bip. Peut être un son. Bip. Il se sent de trop. La poitrine se gonfle. Bip. La poitrine s’écrase. Il étouffe. La soif. Il transpire. Bip. Compression. Vertige. Il est lourd. La gorge brûle. Bip. Electronique. Il entend. Bip. Il écoute. Il pense. Bip. Il est sûre. Il est. La douleur, sa douleur. La poitrine, sa poitrine. Il se réveille. Il est moi. Je me réveille.
J’ouvre un oeil. Ma paupière se lève. La lumière blanche s’engouffre sous mon cristallin et cisaille ma rétine. L’image est brouillonne. Je bats en retraite puis retente ma chance. La lumière est une douleur de plus. Je m’ habitue. L’image se stabilise. Les couleurs se forment. Les contours se définissent. Des tuyaux, partout. Des tuyaux avec à leurs bouts mon corps. Des tuyaux dans mes bras, dans mon ventre, dans mon sexe, sans ma bouche. La douleur a une image désormais. Une bande blanche sépare mes pectoraux. Ma poitrine se gonfle seule au rythme d’un son électronique ; Bip, Bip. La douleur suis la mesure. Je comprends. L’image se dilue. Ma joue se mouille. Ma soif s’éclipse un moment. Les muscles de mon visage se tendent. La joie. La douleur me rassure maintenant. Je veux rire. Je veux crier. Je ne peux pas. Trop de douleur. Trop de tuyaux. Trop de soif. Mais j’ aime. J’aime ma souffrance, preuve qu’il est là, enfermé dans mon corps. Il bat pour moi ce coeur d’occasion. Il bat désormais pour moi. Un inconnue a échangé sa vie contre ma mort cette nuit. Je veux rire pour moi. Je n’ai pas honte. Il est 7h. Je ne pense qu’à la retrouver, et à un verre d’eau.

CHR

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