Des gestes et des mots

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Alors que mes gestes traduisent des mots, je sens que son regard est attentif. Il les reproduit à la perfection ; deux mains qui se rejoignent, des doigts qui se croisent. Il s’applique et je n’arrive pas à me défaire de son regard. Je continue à signer comme pour lui donner toutes les cartes en main.
Ce garçon si réservé, que j’avais l’habitude d’observer, se dévoile à moi.

Aucun son n’est jamais sorti de sa bouche; la directrice m’avait affirmé qu’il était timide et que par le fait qu’il vienne d’Afrique et qu’il ne vive en France que depuis à peine plus d’un an, il ne parlait pas bien notre langue. Pourtant, j’avais rapidement senti que le problème venait d’ailleurs.

Cinq ans d’apprentissage de la langue des signes m’avaient appris à lire entre les lignes, que les émotions et les expériences étaient souvent plus ancrées dans les yeux d’un enfant que dans ses mots.

Je lui avais offert un carnet et un stylo en lui expliquant que l’écriture pouvait être un excellent moyen d’expression. Il les avait prit en me souriant et avait immédiatement écrit “merci” sur ledit carnet. Ma théorie se confirmait.

Ses camarades imitent également mes gestes; j’avais été agréablement surprise de voir l’enthousiasme qu’avait suscité mon activité “langage des signes” auprès de ces enfants. La direction ne m’avait pas encouragé, prétextant que ces enfants étaient bien trop jeunes pour une telle activité mais je voulais leur prouver le contraire. Il était intrigué et je comptais bien leur prouver qu’ils avaient raison de l’être.

On a commencé par l’alphabet comme pour n’importe quel apprentissage d’une nouvelle langue, puis on s’est attardé et concentré sur le gestuel par quelques scénettes et jeux de rôles ; enfin, on a conclu par la pratique concrète de quelques mots ou phrases du quotidien.

Durant ces deux semaines de séjour, nous avons effectué plusieurs séances et les enfants peuvent maintenant communiquer avec leurs mains et leurs attitudes, sans paroles, lors de petits moments de la vie quotidienne.

A la fin du séjour, ce jeune garçon vint me trouver et il effectua un pas pour se blottir dans mes bras, je lui rendis son étreinte ; celle-ci sous-entendait beaucoup de « mots” … de la gratitude, de la reconnaissance. Je ne m’étais jamais sentie aussi utile de toute ma vie. Je lui avais appris une autre façon de communiquer car pour moi il n’y avait aucun doute, ce garçon était muet.

Dans un délai très court, j’espérais lui avoir permis d’entrevoir d’autres possibilités, de l’avoir sorti de cette bulle de silence et qu’à son tour, il apprenne également à échanger avec les autres et fasse un pas vers eux.

Delphine Diem

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