Un océan de solitude


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Face à la mer, adossée à une barque échouée sur la plage de sable fin, la femme frissonna et ramena sur elle les pans de sa veste de laine blanche. Elle soupira et quitta des yeux les flots calmes reflétant l’horizon doré. Tout l’inverse des tourments qui l’habitaient depuis des mois.
Elle se remémorait les évènements, encore et encore, chaque jour, mais elle savait bien qu’aucune réconciliation n’était envisageable. Comment avaient-ils pu en arriver là ? Ils avaient fait connaissance presque par hasard et au fil des années, s’étaient appréciés de plus en plus. Ils étaient devenus si proches qu’ils se confiaient tout. Du moins le croyait-elle. La réalité, miroir d’un « quasi-anonymat », était bien cruelle…
Elle pensait que ça durerait toujours parce qu’elle s’imaginait qu’il avait besoin d’elle. Et elle avait tant à offrir qu’elle l’avait fait sans compter. Mais c’était faux. C’est elle qui avait besoin de lui, il savait si bien l’écouter et l’encourager.
Puis, un jour, un grain de sable, au son de désespoir aussi rude qu’injuste, était venu enrayer cette belle relation et tout avait basculé.
Des mots écrits et des reproches criés en majuscules sonnèrent le glas. Et brutalement, douloureusement, ce fut le silence. Cet insupportable silence qui lui cinglait au visage les tristes pensées pour lesquelles la page restait collée au passé et ne pouvait être tournée.
Elle aimerait tellement lui dire que ces longs mois d’isolement avaient changé bien des choses, mais il ne voulait plus l’entendre. Il avait effacé bien plus que leurs échanges. Il avait effacé jusqu’au moindre son de son existence.
Une mouette s’approcha mais rien n’était à glaner… Pas même les miettes d’une amitié brisée…
Elle se leva et, ignorant le sable humide collé sur ses vêtements, ramassa son sac et tourna le dos à l’océan.
La mouette affamée s’envola. Le soleil orangé disparut derrière les nuages. Il fit brusquement très froid.
Le vent soudain monté se mit à pousser un peu plus loin l’écume et les algues brunes.
Le vent soudain monté n’avait pas balayé l’amertume, ni le remords d’avoir cru en ce sentiment plus profond qu’il ne pouvait éprouver.
Jetant un dernier regard à cette mer qui appelait à la nostalgie des moments complices, elle s’assit au volant. Sur un autre soupir, elle enclencha la vitesse et sortit du parking. Quelques gouttes glacées vinrent s’écraser sur le pare-brise. Deux heures de route sous une pluie de souvenirs…
Les yeux avaient séché depuis quelque temps, mais elle avait en tête tant de doutes et d’interrogations qui revenaient la harceler sans cesse comme l’éternel mouvement des marées… Ressasser malgré elle le passé, simuler le « tout va bien » et bâtir un château de cartes pour un aléatoire demain, tel était désormais son quotidien.
Plus rien ne serait comme avant.
L’oubli ne viendrait pas. Et la paix de son âme non plus. Elle le savait.
Pourtant, au plus profond d’elle-même, une certitude, sous la forme d’une résolution, prenait de plus en plus d’ampleur : elle ne donnerait plus sa confiance aussi facilement. Terminé, le temps de la naïveté ! Désormais, méfiance rimerait avec prudence.
Mais de tout temps, jamais la femme ne s’était sentie aussi triste et seule. Un océan de solitude…

Lyne-Rose Garvede

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One thought on “Un océan de solitude

  1. CHANTAL

    C’est GENIAL, comme d’habitude, mais tellement prenant que lorsque je l’ai lu, j’en ai eu les larmes aux yeux. Surtout continues et crois-moi, un jour tu sera reconnue à ta juste valeur et je te le souhaite de tout coeur.
    Bonne journée.

    Reply

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