Le Sale air de la Peur

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Les Buchettes

Un soleil blafard de fin d’automne s’étendait sur les labours fraîchement tracés de cette campagne légèrement vallonnée et monotone, donnant des reliefs symétriques aux sillons qui la parcouraient.
Une bise cinglante et humide soufflait par moment, en chassant les nuages gris et bas vers l’est, et finissait de dénuder les arbres des bosquets de hêtres qui coiffaient les coteaux.
Les tons brun mouillé des champs nouvellement travaillés, et les talus encore verts, donnaient l’impression d’une gigantesque tenue de camouflage, comme en portent les chasseurs à cette saison.
A cause de la pluie sans doute, on n’entendait pas le moindre moteur de tracteurs restés dans les fermes, et qui se seraient enlisés inexorablement dans ces terrains gras et fangeux.
Une petite route serpentait au fond du vallon pour aller se perdre dans un improbable village gris et banal, groupé autour de son clocher, sa mairie troisième république et son école communale.
Aucun signe de vie n’émanait du village, sinon les cris des gamins qui chahutaient dans la cour de récréation.
Sur la route, pas la moindre circulation, si ce n’est peut-être une vieille fourgonnette 2CV grise et brinquebalante qui se dirigeait en cahotant vers le village.
Puis plus rien, le silence absolu, sous le sifflement des rafales de pluie fine et pénétrante.
Un silence lourd, pesant, un silence de fin du monde, une atmosphère oppressante comme il y en a dans ces campagnes à l’entrée de l’hiver, où les travaux des champs terminés, tout le monde commence à se calfeutrer frileusement chez soi, autour des premiers feux de cheminées.
Par souci d’économie, on allume la lumière au dernier moment, bien plus tard, et après s’être occupé des animaux.
Le clocher égrena son heure.

Dans l’unique salle de classe de ce petit village, une quinzaine de bambins, âgés de sept à dix ans environ, étaient bien assis sur des bancs, serrés les uns contre les autres. Mal fagotés, hirsutes, bruyants et agités, des gamins quoi ! Des bruns, des châtains et même un rouquin flamboyant, des grands, des filles et des garçons, des petits, des maigres, des gros, à l’image de l’humanité.
Et les flocons de neige mouillée commencèrent à virevolter derrière les vitres dépolies et sales de cette classe tout aussi grise que le temps, sans lumière, à peine chauffée malgré les ronflements d’un poêle en fonte d’un autre âge. Même le tuyau qui s’en échappait, tel un monstrueux serpent, était rougi.
Mais les enfants avaient encore des rêves plein la tête de leurs vacances lointaines, la plage avec ses baignades et ses châteaux de sable, les éclaboussures qui giclaient sur les vieilles mémés qui faisaient trempettes, les rires et les bousculades, et le goût du sel sur les lèvres. Pour d’autres, jaloux et qui n’avaient pu partir, ils racontaient des courses échevelées dans les bois de Mamie, la cabane de Robin des Bois, les aventures de d’Artagnan, et les mystérieuses cachettes du fameux trésor.
« Tu te rappelles dis ? »….
« Et la fois où ? » ….
« Racontes aussi quand…. »
A n’en plus finir….
C’était merveilleux de pouvoir raconter encore une fois ses vacances, et de voir les yeux encore brillants qui illuminaient les souvenirs et les rêves.
Des rêves d’enfants s’envolaient à travers les airs, s’enroulaient autour du tuyau de poêle, heurtaient les murs gris, tapaient sur les vitres sales des fenêtres.
Un joyeux bourdonnement.
Sans les éclats de voix des enfants, le lieu aurait semblé sinistre

Jean de LEVAT avec le concours de Bérengère de REGANHAC

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