Le canapé

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Résolu au changement, Martin attendait devant la porte de l’appartement des Devauquer. Six ans qu’il n’était pas sortit seul avec sa femme, depuis la naissance de l’ainé en fin de compte. Les dix ans de son mariage cette année lui avait flanqué un coup. Le constat était accablant, Martin et Belle, sa femme, ne se regardaient plus vraiment. La fougueuse jeunesse, qui se sacralisait jadis en ébats amoureux torrides et décomplexés n’était plus qu’un souvenir de fond de cale. Le couple avait sombré dans la torpeur d’un quotidien anesthésiant. Le naufrage était imminent et Martin, en capitaine de sa déchéance, donnait un coup de barre pour éviter les récifs de la séparation. Ils passeraient la saint Sylvestre chez ses amis à elle. Des amis imbéciles que Martin répugnait. Mais ce soir, il serait hypocritement le leur. Martin s’était abstenu de toute censure pour suivre sa femme sans une protestation. Il voulait regagner son amour et le butin sexuel qui se cache derrière. Cette reconquête ne se ferait pas sans les sacrifices que le contrat tacite du jeu amoureux exige. Ainsi Martin s’habilla de sa plus grande sympathie pour les nigauds. La porte de l’appartement des Devauquer était pareille à une peau de tambour que l’on frappait à coup de poings. Son ouverture libéra un ras de marrée sonore accompagné d’une bruine épicée de cigarettes électroniques qui souleva le coeur de Martin. Des sourires blancs les accueillirent. Martin perdit sa femme en quelques mètres de foule compacte. Elle était en terrain connu, lui non. Il se sentit trahi de cet abandon mais résista à l’envie de se fermer sur lui-même. Il lui avait promis une humeur avenante pour la soirée, il la tiendrait. Mais Belle l’avait tout de même fuit comme le Jonas de la joie dés l’entrée, le laissant dans un banc de bobos parisiens suant la bêtise bio. Martin n’était qu’une permission de s’amuser, ce soir. La croisade qu’il s’infligeait afin de reconquérir cette femme qui fût la sienne serait visiblement longue. L’espoir naquit malgré tout en lui qu’une mise en bouche charnelle de ce projet pourrait se concrétiser cette nuit même, pour peu qu’il remplisse un minimum du contrat social qu’elle attendait de lui. Pour l’heure, Martin souriait à toutes les têtes stupides qu’il croisait et repéra les lieux qui l’accompagneraient le reste de la soirée jusqu’au désagréable bonne année suivit de son jour de gueule de bois officiellement inscrit dans la loi. Le canapé fut trouvé. Il s’y installa avec deux verres de cola sans sucre et sans caféine souillé de whisky bon marché qu’il but d’une traite. Le goût était infecte. Seul l’alcool importait. Martin apercevait Belle par intermittence, selon le bon rythme et le bon placement des danseurs qui la séparaient de lui. Il n’aimait pas danser et se sentait encore trop vexé pour lui offrir ce plaisir de couple. Martin restait donc affalé sur le canapé, vidant d’autres verres et se gavant de chips aux carottes estampillées commerce équitable. La techno entrecoupée de l’anti-musique des années 80 lui soulevait le coeur en rythme.  » C’est ta femme là-bas?  » lui dit une voix familière derrière lui. Martin regardait Belle qui se déhanchait, se frottant subtilement les seins contre un homme bien plus athlétique que lui. Il mit du temps à se retourner vers la voix, l’alcool commençait son devoir. Cette voix était celle d’Odile, sa maitresse. Que faisait-elle là ce soir? Comment Martin n’avait-il pas su la voir? La voix de cette sirène paraissait lui avoir ôté la sienne. Martin était muet de cette apparition. Ses yeux s’étaient fixé sur le décolleté d’Odile et ne semblaient plus réfléchir à autre chose. Le sourire chaud d’Odile l’appelait à un voyage sensuelle tous mats dressés. Eros lui lançait un défi. Martin s’était résolu au changement ce soir. Il se tourna un instant vers la piste de danse et chercha sa femme des yeux. Elle s’était de nouveau volatilisée. Martin s’était résolu au changement ce soir, ou demain.

Babouin

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