La cigale mutine

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Tu sais, lorsque tu es tombée pour ne jamais te relever, j’ai entendu ton joli bruit : une cascade de givre à travers les sapins, un cristal aigu qui expire et s’en va rejoindre sa fin.

Malgré l’obscurité de la nuit qui venait, j’ai pu me diriger vers toi, juste guidé par ce tintement.

Dès que tu as touché le sol couvert de son linceul neigeux, je t’ai saisie du bout des doigts.
Puis au creux de mes paumes, j’ai cherché à te réchauffer en te soufflant dessus.

En même temps je t’observais, frémissante, terrorisée ; et pourtant flamboyante, rougeoyante comme une braise, rayonnante de mélodies qui sortaient de ton être comme de petits miracles.

J’avoue. J’ai eu envie de te garder.
Toute seule, rien que pour moi, trésor luisant mieux que de l’or, petit diamant sonore et palpitant en costume de mystère.
Cela m’a traversé l’esprit. Et tu l’as sans doute deviné.

J’allais te mettre dans ma poche et retourner chez moi savourer ma trouvaille lorsque j’ai surpris dans tes yeux une tristesse morte et bleue, un effroi glacial de cercueil.
J’ai eu mal.
J’ai eu honte.
J’ai eu honte de ta souffrance.
J’ai eu honte de la prison que j’avais l’intention de bâtir de mes mains autour de toi, tu sais, pour y retenir ton errance, posséder tes merveilles…
Au cachot l’étrange violon ! À moi l’éclat de sa chanson ! À moi à moi et rien qu’à moi
la lumière de ses refrains, la symphonie de l’Univers !

Alors je t’ai lancée très fort. plus haut, plus haut, plus haut encore, au delà du toit des sapins et des guirlandes de nuages, au delà, très loin, d’où tu viens, là où le monde n’a pas d’âge, n’a pas de début ni de fin, n’a pas de larmes d’enfants sages, non, pas plus de mal que de bien.

Maintenant que tu es sauvée, libre, heureuse, ressuscitée, Étoile, au firmament, on ne voit plus que toi !
Tu vibres dans le ciel. resplendis et voyages à travers le cosmos en semant tes paillettes pour qui veut les entendre.

Parfois, le soir, à ma fenêtre malgré le froid polaire, je t’écoute chanter comme une petite cigale ; la cigale mutine d’un infini méridional ; et je sens mon cœur se gonfler de toutes ces fleurs tropicales que je ne t’ai pas dérobées ; je te souris ; tu me clignes de l’œil. À moi ; rien qu’à moi !

Alors je crois, oh oui je crois, que tout, toujours, tout est possible.

Nouna Ketti

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