Des mots qui claquent

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Sa vie, elle la traine comme un boulet. Dans la ville grise et ennuyeuse, elle va de son bureau à son appartement désert. Vide. Le vide de sa vie. Le vide du balcon qui l’attire parfois. Elle étouffe. Elle voudrait briser ses chaines invisibles dont elle se sent prisonnière, crier sa hargne. Chaque jour, d’un geste rageur, elle gribouille dans son petit carnet, des formes aigües et tranchantes au feutre noir.
Un soir, elle entre au hasard dans un pub. Pour y noyer sa solitude ou pour y faire des rencontres. Elle ne sait pas bien. Et puis, ça revient au même. Il y a beaucoup de monde. Ca s’agite. Un spectacle ? Elle s’installe à une table un peu à l’écart et commande une bière. L’endroit lui plait. C’est cosy et chaleureux. Elle s’y sent bien. Un homme prend un micro et déclare que la scène ouverte peut commencer. Il suffit de mettre son nom dans un chapeau pour participer. Elle fait non de la tête. Elle ne comprend pas. Elle boit doucement sa bière. Celui qui semble être l’animateur tire un papier « Kevin. Tu peux y aller ». Un jeune s’avance sur la petite estrade de fortune. Il sort une feuille froissée de la poche de son jean. Timidement, il commence à lire :
« Cri de la naissance
sortir du silence »
Elle lève la tête.
« Cri de l’adolescence
Vouloir vivre d’expériences »
Elle est saisie. Qui est il pour oser réciter les cris de l’existence devant tous ! Elle bat la mesure timidement.
« Cri de l’adulte en errance
Finie la vie de l’insouciance »
Le public applaudit. Elle aurait aimé que le texte continue. Il y a tant d’autres hurlements dans l’histoire humaine ! Un monsieur d’une quarantaine d’année prend place. Il est plus posé, plus assuré, plus serein. D’une voix très claire il déclame qu’il lit, il lit, il lit… il lit pour mieux rêver, il rêve pour mieux vivre, il vit pour mieux lire, et de livre en livre il rencontre l’oiseau Lyre. Elle tape ses doigts avec force sur la table. Des slameurs. Elle est entrée sans le savoir dans le monde des slameurs. Doux vers poétiques et phrases qui claquent se percutent. Elle applaudie à en avoir mal aux mains. Les mots sont les mots de l’émotion. Dans le rythme de cette poésie de rue, son cœur recommence à battre. Par ces maux qui cognent, son sang se remet à couler dans ses veines. L’oiseau Lyre vient la délivrer de sa cage de verre. Elle vie. Avec envie. Avec désir. Elle revit. Elle voudrait apprendre ces poèmes. Elle aurait aimé les avoir écrits. Elle ouvre son carnet. Tout est différent. Tout est à inventer, à explorer. Pas de limites, pas de contrainte dans le slam, il suffit juste de briser les barrières de son être avec sincérité et vérité. La page vide ne lui fait plus peur. Elle prend un feutre bleu. Le jeu n’est pas compliqué. Quelques pensés, quelques rimes, même mal habiles, incertaines et timides, quelques je peut-être, pour clamer le désespoir passé et faire chanter l’espérance naissante. Il est deux heures du matin lorsqu’elle quitte cet endroit magique. Le ciel est clair, c’est la pleine lune. Un vent nouveau souffle dans sa tête
« Vivre au delà de mes interdits
De mes prisons intérieures sans émoi
De mon manque d’amour gratuit
Qu’on me laisse devenir moi… »

Anne Sophie A

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