Annelise

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Certains matins ont la saveur des nouveaux jours. En apparence, rien n’a changé, rien de plus qu’une banalité renouvelée. Pourtant, chaque mouvement est lent et étudié, chaque action appréciée dans sa simplicité. L’odeur, l’atmosphère, le paysage, tout est identique à la veille mais rien de ces détails ordinaires ne laisse indifférents l’âme en départ. Chacun d’eux respirent un souvenir, une émotion, un sourire.
Pour cette jeune femme, sans doute, aujourd’hui terminait une histoire et tournait une page loin de ce pays, de cette ville, de cette terrasse de café. Le regard, d’ordinaire anesthésié par l’habitude, brûlait d’intensité devant chaque fragment de chaque rue de cette ville qui l’avait accueilli. Elle avait revêtu ses plus beaux vêtements pour cette sortis: une longue robe blanche au corset parfaitement resserré et pour protéger sa peau d’un soleil naissant, un large chapeau du même blanc. Ignorante du brouhaha matinale, elle gardait le dos droit et portait à ses lèvres, une tasse de porcelaine gorgée de thé turc.
Là où d’autre fanait à chaque grain de sable écoulé, elle s’embellissait à chaque levé de soleil. A midi, les projecteurs étaient braqués sur cette fleur d’une insolente beauté, d’une immortelle et insouciante jeunesse. Le vent, intemporel, se glissa jusqu’à elle, l’enveloppa de sa jeune chaleur printanière et s’emmêla amoureusement à ses lourdes bouclettes dorées. Lui aussi, elle allait le quitter.
Loin d’elle les promenades sous les ombrelles bras dessus bras dessous, les bals au château, la fugue au clair de lune. Mais sous ce regard du dernier jour, elle apercevait chaque parcelle de ce temps révolu : les interminables jardins de la cour sous chaque bâtiment, l’élégance des premières romances enfouis en chaque être, les promenades du dimanche gravés sur cette allée pavés, usé par les roues des calèches passés, piétinés par le pas présent des enfants pressés. Elle pouvait encore distinguer le déroulement de ce jour mémorable où elle avait inspectée, chaque seconde s’écoulées. Jusqu’au point de non-retour. Elle avait gardé la tête haute et marcher sans se retourner. Elle ne reviendrait pas. Au-delà de la peur, c’est l’adrénaline de l’inconnu qui avait déterminé ses pas, qui l’avait conduit à fouler une terre inexplorée, à plonger son regard dans l’étranger. Elle ne regrettait rien. L’absence était le prix à payer pour se rencontrer, se retrouver, s’appréhender.

Elle se leva. Aujourd’hui, elle n’était pas le personnage central de l’histoire. Ses 20 ans, il y a bien longtemps qu’elle les avait vécus.
Une jeune femme de même jeunesse prit place sur le siège de l’anglaise et déposa une valise à ses pieds. Vêtu d’un jean, d’un pullover rayé et de légère basket d’été. Ses boucles d’ors encadraient son visage au regard perdu, enfouis dans chaque détail que sa rue lui offrait. Le vent s’entortillait à ses mèches de cheveux détachés agitant ses boucles d’oreilles d’argent en forme de salamandre. L’anglaise face au miroir contempla longuement son reflet, fière du chemin qu’il s’apprêtait à emprunter. Lorsque la jeune femme commanda un thé turc, l’anglaise sourit et s’évanouit dans le vent qui souffla le visage de son portrait.

Une femme partait, une autre lui succédait. Le temps sans cesse passe son chemin, les années défilent, les époques s’interposent mais certaines habitudes, il faut croire, perdurent.

Alizée.

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2 thoughts on “Annelise

  1. Laure

    J’aime beaucoup ce texte ! Il y a beaucoup de finesse dans le style d’écriture, je suis admirative devant cette petite merveille ! Bon courage à toi !

    Reply

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