Les conseils de Stephen King pour donner vie à votre récit

Selon l’auteur américain à succès Stephen King, des descriptions riches en détails permettent aux lecteurs de s’imaginer les scènes précisément.

Le point de rencontre le plus important entre le cinéma et l’écriture de fiction est l’intérêt porté à l’image, celle qui brille dans l’œil et dans la pensée. Un roman rassemble plus que des images : il y a une intrigue, un style, un ton, des pensées, des personnages et d’innombrables autres choses, mais c’est le travail sur l’image qui fait qu’un roman sort de l’ordinaire, qui lui donne vie, qui le fait briller de sa propre lumière.

Les sophismes de la fiction doivent suivre une histoire, cette simple invention de l’homme des cavernes qui captivait son auditoire autour du feu le soir, et lui valait peut-être même un morceau de viande si l’histoire était passionnante. Les premières royalties de l’écrivain ! Mais une histoire jaillit d’une image : de la richesse d’un espace-temps, d’un lieu et d’une texture. Et dans ce cas, l’écrivain a toujours un temps d’avance sur le réalisateur de film qui doit attendre la météo adéquate, la lumière adéquate, l’objectif adéquat pour tourner.

Les aspirants écrivains rencontrent parfois le problème de ne pas réussir à décrire ce qu’ils imaginent. La plupart du temps, c’est parce qu’ils ne se représentent pas suffisamment ce qu’ils tentent de décrire. Un exemple : un écrivain débutant pourrait écrire « C’était une vieille maison sinistre », tout en sachant que cela ne convient pas mais sans trouver tout à fait pourquoi. Un peu comme cette démangeaison impossible à atteindre au milieu du dos. « C’était une vieille maison sinistre » n’est pas une image, c’est une idée. Les idées n’ont aucun degré émotionnel, elles sont neutres. Un lecteur n’a pas besoin de lire qu’une maison est sinistre, il doit pouvoir s’en rendre compte en lisant la description de cette maison.

L’imagination et la mémoire

S’il est un conseil important à donner aux écrivains qui apprennent l’art de la fiction, c’est que la représentation ne prend pas forme sous la plume de l’écrivain, elle prend forme dans l’esprit du lecteur. Pour mettre en exergue les points qui vous sont les plus importants, vous devez permettre au lecteur de faire de votre esquisse un portrait.

De bonnes descriptions sont donc à l’origine d’une bonne représentation. Comment alors définir les détails à inclure et ceux à exclure ? La réponse est simple, mais difficile à mettre en application : conservez les détails qui vous impressionnent le plus, ceux qui vous paraissent les plus clairs, laissez de côté tout le reste. Nos yeux transmettent des images à notre cerveau. Si nous transmettons des images à nos lecteurs, alors nous devons faire usage d’une sorte de troisième œil : celui de l’imagination et de la mémoire. Les écrivains qui décrivent pauvrement ou pas du tout ne se servent pas de cet œil. D’autres ne l’ouvrent qu’à moitié. Lors de l’écriture d’une scène, je la vois comme ce que je vois ce qui se trouve devant mes yeux, et j’en transmets au travers des descriptions autant que je le juge nécessaire.

Le principe du travail sur l’image, ce n’est pas de créer une scène en donnant tous les éléments (cela vaut pour les photographes, pas pour les écrivains) mais en donnant suffisamment de détails pour inspirer un sentiment. Et l’écrivain doit avoir suffisamment confiance en son sens de la représentation pour savoir s’arrêter quand il le faut. Car comme nous le savons tous, le plaisir de la lecture, qu’aucun film ne peut égaler, c’est le plaisir de visualiser une scène dans son esprit, d’être le seul à l’imaginer de telle manière. Le lecteur a son propre troisième œil ; le travail de l’écrivain est simplement de lui fournir un spectacle.

Visualisez avant d’écrire

Trop d’écrivains en herbe ont le sentiment de devoir assumer tout le travail de représentation, devenant ainsi les yeux du lecteur. Ce n’est pas le cas. Utilisez des verbes vivants, évitez la voix passive, les clichés, soyez précis, élégant, laissez de côté les mots inutiles. La plupart de ces règles, et des centaines d’autres que je ne précise pas, s’installeront d’elles-mêmes si vous tenez deux promesses : la première est de ne pas insulter la vision propre du lecteur la deuxième est de tout visualiser avant d’écrire.

Cette dernière promesse peut vous amener à écrire plus lentement que d’habitude, notamment pour passer des idées (« c’était une vieille maison sinistre ») aux représentations. Quant à la première, elle nécessitera davantage de réécritures minutieuses en cas d’usage excessif de descriptions. Que cela vous plaise ou non, vous devrez couper, et vous concentrer sur l’essentiel.

Imaginons que vous vouliez décrire (et de ce fait en créer une image) une grande ville un jour de pluie, et faire ressentir une atmosphère maussade. Fermez les yeux et tentez désormais de visualiser cette ville, cette pluie, cette atmosphère. Vous avez ouvert les yeux trop vite. Réessayez, 30 secondes, peut-être même une minute. Qu’avez-vous vu ? Une ligne d’horizon ? Des immeubles ? Une vue aérienne ? Le ciel était-il clair ou menaçant ? Avez-vous vu des gens ? Des hommes qui tenaient leur chapeau, penchés en avant, le manteau gonflé par le vent ? Des femmes qui tenaient des parapluies ? Des taxis roulant dans des flaques d’eau ? Ces descriptions sont excellentes, elles sont les témoins d’un travail sur l’image.

Mais maintenant supposons que vous précisiez votre vision, que vous posiez votre regard sur un coin de rue de cette ville grise, pluvieuse et lugubre. Il est 15 heures et il pleut des hallebardes, regardez donc ! Sans compter que nous sommes un lundi, quelle poisse. Fermez les yeux de nouveau, cette fois une minute entière, et visualisez ce qui se passe sur ce coin de rue. Avez-vous vu le bus qui a éclaboussé une passante ? Les visages des gens qui traversent avec indifférence ou cachés derrière leur journal ? La publicité à l’arrière du bus, rendue floue par les gouttes de pluie ? Avez-vous vu l’auvent de la petite épicerie de l’autre côté de la rue, d’où coulaient des filets d’eau de pluie ? Avez-vous entendu l’eau jaillir dans les égouts ? Et quand les voitures freinaient devant le feu rouge, avez-vous vu la lumière de leurs feux arrière se réfléchir sur le pavé ?

Certaines de ces scènes peut-être, mais certainement pas toutes. Vous avez peut-être vu d’autres scènes, tout aussi intéressantes, peut-être même des bribes d’une possible intrigue dans ces images, un homme qui courrait sous la pluie, qui jetait un œil par-dessus son épaule, ou un enfant en ciré jaune, poussé brutalement dans une voiture, ou peut-être avez-vous juste des images. Mais croyez-le : si vous tenez une image, vous pouvez la coucher sur le papier. Si vous en doutez, essayez d’écrire immédiatement ce que vous venez de voir. Vous connaissez ce sentiment : écrire c’est revivre, et en écrivant, l’image vous sera de plus en plus précise, et belle par sa précision.

Rédigez un paragraphe, Rédigez-en deux. Ensuite créez un personnage qui vivra ce lundi pluvieux. Ou, si un semblant d’intrigue s’est dessiné devant vos yeux, courez-lui après avant qu’il ne s’efface. Suivez l’homme qui court, ou entrez dans la voiture pour découvrir qui a poussé l’enfant et pourquoi. Vous en avez la capacité si vous ouvrez votre troisième œil complètement.

Un dernier mot : ne vous laissez jamais entièrement transporter par la représentation. Les yeux voient tout, mais l’esprit derrière les yeux doit juger de ce qu’il doit conserver et de ce qu’il doit jeter. Une fois que vous aurez habitué votre troisième œil à voir clairement, votre plume vous démangera. Si vous écrivez de la fiction, vous ne voulez pas noyer vos lecteurs. Rappelez-vous que la représentation amène l’intrigue et que l’intrigue amène tout le reste. Mais souvenez-vous que le plus grand plaisir de l’écrivain est de voir, et de voir parfaitement. Le troisième œil peut voir à l’infini. C’est un peu comme avoir un parc d’attractions dans le cerveau, dans lequel toutes les attractions seraient gratuites. Testez donc vous-même.
(crédit photo : Pinguino)

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