Que penser des versions simplifiées de romans ?

Umberto Eco va rééditer son œuvre majeure, Le Nom de la rose, en supprimant les difficultés littéraires. Une volonté simplificatrice qui divise.

Il y aura bientôt une nouvelle version du Nom de la rose. C’est ce qu’a annoncé récemment son auteur, Umberto Eco, via son éditeur, Bompiani. Selon l’écrivain, le roman, publié pour la première fois en 1980, nécessiterait que l’on « simplifie certains passages » et que l’on « rafraîchisse la langue ». Le tout afin que ce classique de la littérature italienne et même mondiale, vendu à plus de 30 millions d’exemplaires depuis sa sortie, soit « plus accessible aux nouvelles générations de lecteurs ».

En effet, Umberto Eco estime que les jeunes, biberonnés aux nouvelles technologies, peuvent être effrayés par les citations latines, le vocabulaire soutenu et les tirades philosophiques qui parsèment le texte original. La réédition, prévue pour le 5 octobre en Italie (et attendue en France pour janvier 2012), en sera donc expurgée, sans que l’on ait plus de détails. En revanche, l’auteur a promis de ne pas toucher à l’intrigue, qui continuera donc de s’articuler autour des personnages de Guillaume de Baskerville et de Adso de Melk, deux moines du XIVe siècle.

« L’intention laisse sceptique »

La démarche, bien évidemment, divise. En France, l’écrivain et journaliste Pierre Assouline n’a pas manqué de regretter, sur son blog « la République des livres », l’attitude injustement méprisante d’Umberto Eco vis-à-vis des nouvelles générations. « L’intention laisse sceptique, écrit-il. Car parmi ses nombreux lecteurs des années 80, il y avait des jeunes, et leur proximité avec le monde des études leur donnait un avantage par rapport aux adultes quant à la compréhension des paragraphes en latin, les dessous des querelles entre dominicains et franciscains et les références à Aristote. »

Qualifiant Umberto Eco de « cynique », Pierre Assouline entend défendre les jeunes générations, qui ne seraient pas moins cultivées que les précédentes – en tout cas pas au point de leur proposer « un Nom de la rose pour les nuls avec ce qu’il faut de liens hypertexte pour pallier leur ignorance crasse ».  Et l’écrivain-journaliste de conclure en s’interrogeant : « On voit ce que la librairie, l’édition et l’auteur peuvent y gagner [à rééditer le livre en version simplifiée], mais la littérature ? »

(d’après el Pais et la République des livres (blog de Pierre Assouline)

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2 thoughts on “Que penser des versions simplifiées de romans ?

  1. Gisèle MEUNIER

    Malheureusement, une fois de plus, c’est le nivellement par le bas… Comment les nouvelles générations apprendront le goût de l’effort et le plaisir de la découverte si on leur mâche tout. Pourtant tout le monde sait bien qu’on apprend bien plus lorsque l’on ne comprend pas quelque chose et que l’on se documente par soi moi pour trouver la solution, que d’avoir sous les yeux tout écrit de façon simpliste. En ce qui concerne le Nom de la Rose, il y a tant d’enseignements et de voies de réflexions. Va-t-on les priver de ces richesses ?
    Gisèle Meunier-Picquet

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  2. Lina Carmen

    Alors là ! C’est du grand n’importe quoi ! Comment peut-on oser simplifier un tel chef d’oeuvre ? et comment élever la culture des lecteurs si on leur épargne le vocabulaire littéraire et les références historiques ?
    C’est vraiment décevant…

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