Quelle information donner et à quel moment ?

Laure Pécher est agent littéraire, éditrice et animatrice d’ateliers d’écriture sur le roman. Découvrez un reportage vidéo sur l’atelier d’écriture de Laure Pécher sur : sa page chroniqueur.

Laure Pécher a écrit Premier roman : mode d’emploi pour aider les apprentis écrivains à repérer les pièges habituels des débutants et à écrire un premier roman à la structure solide.

Dans un roman de 300 pages, la quantité d’informations livrée ou pouvant être livrée est considérable. Or dans un bon roman, le lecteur assimile ces informations à son insu. Porté par l’histoire, il ne s’aperçoit de rien. Mais lorsqu’il se dit : « Tiens, l’auteur ne serait-il pas en train de m’expliquer quelque chose ? », la magie est souvent brisée. Car ce n’est plus le narrateur qui parle, mais l’auteur qui a quitté le mode du récit pour celui de l’exposé. Deux règles d’or permettent au romancier de ne pas tomber dans cet écueil.

Montrer plutôt qu’expliquer
Au début des Raisins de la colère, Steinbeck décrit ainsi le chauffeur routier qui emmène Joad à bord de son camion: « Il avait le visage sanguin et ses yeux bleus étaient longs et étroits d’avoir cligné à la vive lumière des routes. » L’exploit d’une telle phrase saute aux yeux. En quelques mots, et par le biais d’un détail physique, l’auteur nous livre une vie et un décor. La foule d’informations contenues ici est impressionnante. Une phrase de vingt-deux mots pour décrire le physique d’un homme, son métier, son passé, son environnement. C’est à cela, entre autres, qu’on reconnaît un grand auteur : quelques mots et un être, un paysage, un univers prend vie.

Mettre en perspective l’information
Lorsqu’on demande à un auteur pourquoi il a écrit tel paragraphe qui nous semble, à nous lecteur, mal placé ou superflu, la réponse commence le plus souvent par : « Parce que j’en avais besoin. » Besoin pour annoncer, exposer, expliquer quelque chose qui servira à la suite du récit, besoin pour planter un décor, créer une atmosphère, décrire un personnage etc. En faisant cela, l’auteur oublie son narrateur et une fois de plus s’adresse directement à son lecteur : il sort de son rôle et sort de son récit. Les informations qu’il transmet sont bien plus efficaces si elles passent par le prisme de la perception soit d’un personnage, soit du narrateur. Décrire les rideaux d’un salon pour dire au lecteur comment est ce salon n’a en soi aucun intérêt. Les décrire par les yeux soit du propriétaire, soit du visiteur, soit du narrateur, c’est donner du sens à cette information, c’est la mettre en perspective.
Comme on le voit, chacun des points abordés nous ramène toujours et encore à la question du narrateur et du point de vue. Sans eux, point de récit.

EXERCICE PRATIQUE
Repérez chez les personnes qui vous entourent les détails physiques ou vestimentaires qui peuvent transmettre des informations autres, et en une phrase de vingt-deux mots décrivez à la fois leur physique, leur activité professionnelle, leur passé et leur cadre de vie.

 

 

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2 thoughts on “Quelle information donner et à quel moment ?

  1. Eudes-Marie Hartemann

    Une fort intéressante mise au point, et qui me rappelle avec à-propos ce que je suis précisément en train de faire : reprendre l’un de mes anciens écrits et tâcher d’en extirper toutes les lourdeurs didactiques, les leçons pontifiantes qui appesantissent le récit. J’en ai déjà jeté les trois-quarts à la poubelle, et ce n’est pas fini.
    Je pense qu’à la fin, pour paraphraser Lénine, il y aura beaucoup moins de mots, mais qu’ils seront meilleurs.

    Reply

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