Choisir le narrateur dans le roman

Laure Pécher est agent littéraire, éditrice et animatrice d’ateliers d’écriture sur le roman. Découvrez un reportage vidéo sur l’atelier d’écriture de Laure Pécher sur : sa page chroniqueur.

Tous les 15 jours, retrouvez sur enviedecrire.com la chronique de Laure Pécher. Elle aide les apprentis écrivains à repérer les pièges habituels des débutants et à écrire un premier roman à la structure solide.


L’auteur qui a posé les premières pierres de son récit sait plus ou moins précisément quelle histoire il va raconter. Mais sait-il pour autant qui va la raconter et de quel point de vue ? Et quand bien même il l’aurait déterminé, sait-il à quoi il s’engage et les portes que, ce faisant, il s’ouvre ou se ferme ?

Le narrateur n’est pas l’auteur

La question du choix du narrateur dans le roman est sans doute une des plus délicates qui se pose à l’auteur avant que la phase d’écriture ne commence. Les romanciers débutants en sont parfaitement conscients, ce qui ne résout pas pour autant leur problème.

Quelques rappels de base :

Un roman n’est pas une histoire. Il est constitué d’un récit singulier fait à partir d’une histoire singulière. Si bien qu’une histoire singulière peut donner lieu à de nombreux récits eux-mêmes singuliers. Celui qui fait ce récit singulier s’appelle le narrateur.

De là deux distinctions s’opèrent : la première entre le romancier (auteur) et le narrateur, donc entre celui qui écrit et celui qui raconte, la seconde entre le roman et l’histoire, la chose écrite ou le texte et l’histoire qu’elle contient.  Le romancier écrit un roman alors que le narrateur raconte une histoire. Deux acteurs, deux actions, deux objets. A cela s’ajoute un cinquième élément, le récit, défini comme l’histoire telle qu’elle est racontée par le narrateur.

Quel narrateur dans le roman ?

Choisir un narrateur c’est déterminer qui va raconter l’histoire. Le narrateur peut être un des personnages de l’histoire. Dans ce cas il est incarné, possède une identité clairement définie et raconte son histoire à la première personne. C’est celui qui d’un point de vue technique pose le moins de problème. Mais il est contraignant.

Le narrateur peut également être extérieur à l’univers fictionnel. Il est alors soit incarné, ce qui est assez rare. Un conteur par exemple utilisera le « je » alors qu’il n’appartient pas à l’univers fictionnel. Soit il n’est pas incarné, il n’a pas d’identité, on ignore tout de lui, mais – et c’est le plus difficile à concevoir – il a une voix, et cette voix, n’est pas nécessairement celle de l’auteur.

La meilleure façon de le comprendre est de comparer la description faite d’un tableau dans un catalogue d’exposition, par exemple Les Aveugles de Breughel et un texte littéraire fait à partir de ce même tableau, Les Aveugles de Baudelaire. Dans le premier texte, il n’y pas de voix, pas de regard, juste une description froide et objective, dans le second il y a une voix subjective et fortement caractérisée.

EXERCICE PRATIQUE

Une histoire réduite à son plus simple élément serait, pour s’inspirer de Raymond Queneau : « A rencontre B dans un autobus ». De cette histoire peuvent être faits de très nombreux récits, lesquels vont dépendre de celui qui le fait, et de quel point de vue il le fait. L’ensemble prendra la forme d’un roman qui pourra s’écrire de différentes manières. Dans chacun des exemples suivants, trouvez qui est le narrateur, s’il est incarné ou non incarné, intérieur ou extérieur à l’univers fictionnel. Quelles sont les implications de tels choix ?

1) « Il était une fois A qui rencontra B. »

2) « Lorsque A rencontra B… »

3) « Mon frère A rencontra un jour B. »

4) « Un jour j’ai rencontré B. »

5) « Lorsque qu’avec A, nous nous sommes rencontrés. »

6)  « Quelqu’un m’a raconté qu’un jour A avait rencontré B. »

7) «  A m’a dit avoir un jour rencontré B. »

8) « B. m’a dit un jour avoir rencontré A. »

9) « A se souvint un jour avoir rencontré B. »

10)  « Si j’ai choisi d’écrire le récit de ma rencontre avec B. »

11)  « Vous qui allez lire le récit de la rencontre entre A. et B. »

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4 thoughts on “Choisir le narrateur dans le roman

  1. Daniel Nolet

    Mille fois merci pour le partage de vos connaissances et de votre expérience.
    Grâce à vous peut-être arrêterais-je de déchirer mes manuscrits?

    Je vous souhaite que la vie vous réserve ses meilleures moments,

    Daniel Nolet

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  2. WININGER

    Bonjour,

    Je vous fais part de ma toute petite expérience mais tellement intense en rebondissements !
    A la base, je suis artiste peintre. A la mort de ma maman, incapable de peindre, je me suis mise à écrire (jamais je n’avais essayé avant) !
    Un an et demi après, le livre est imprimé pour les amis, à Noël.
    Les commentaires sont chaleureux, mais je n’y crois pas trop, et là ma fille l’envoie à un concours – J’arrive finaliste de ce concours
    Je ne l’ai pas gagné, mais quel bonheur.
    Depuis le deuxième a vu le jour et je termine le troisième.
    Il ne faut pas se décourager au début, les corrections représentent le travail le plus important et le plus fastidieux !
    Bon courage à tous –
    M.TH.W

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  3. vanessa marceau

    peut-il y avoir plus d’un narrateur dans un roman, et dans ce cas là, est-ce qu’il faut écrire au je ou au il.

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