Pourquoi les livres étrangers ne se vendent pas au Japon

Au pays du soleil levant, plusieurs obstacles, et pas des moindres, se dressent entre les écrivains du monde entier et le succès en librairie.

S’ils veulent avoir une chance de connaître le succès en terre nippone, les écrivains étrangers doivent se montrer patients et courageux. De ce pays, où seulement 8 % des ventes annuelles sont des ouvrages d’auteurs non-japonais, et où le marché du livre est en pleine décrépitude, mieux vaut en effet connaître les écueils avant de songer y exporter sa prose.

Des agents sans influence

Pour s’imposer au Japon, le premier obstacle à franchir est celui des agents littéraires, qui contrôlent l’accès au marché japonais… mais semblent totalement impuissants face aux éditeurs locaux. « [Leur] compétence se limite à gérer les affaires de contrat (…) mais [ils] n’ont aucune influence sur la date de sortie du livre ni sa promotion, et n’ont aucune chance d’obtenir des explications de la part de la maison d’édition si jamais l’ouvrage de l’écrivain qu’ils représentent se vend mal », explique ainsi Robin Birtle, président de Sakkam Press, un éditeur installé à Londres et à Tokyo.

Deuxième difficulté, surtout pour les nouveaux auteurs : le mode de rangement des romans dans les librairies japonaises. Au lieu d’être classés par nom d’auteur, ceux-ci sont disposés par éditeur et mélangés, qu’ils écrivent des romans, du théâtre, ou de la poésie ; qu’ils soient contemporains ou du XVIe siècle ; qu’il s’agisse de polars ou de science-fiction, etc. Surtout, les libraires japonais ont tendance, comme ailleurs, à privilégier les auteurs déjà connus. Une prime à la notoriété qui, là encore, ne facilite pas l’émergence de nouveaux talents.

Une époque bientôt révolue

Mais, toujours selon Robin Birtle, cette époque est bientôt révolue. L’éditeur prévoit en effet l’arrivée massive, dans les prochaines années, de la publication numérique. Plus qu’une bouffée d’air frais à ses yeux : un vrai coup de pied dans la fourmilière ! « L’entrée inévitable sur le marché d’Amazon, de Kobo et d’Apple va bien évidemment provoquer la numérisation des vieux bestsellers japonais, mais elle va aussi, et surtout, rendre possible le développement de programmes d’auto-édition », explique-t-il.

Avant de s’emballer : « Du jour au lendemain, les vieilles librairies japonaises, très conservatrices, ne seront plus qu’une espèce de Ligne Maginot virtuelle, autour de laquelle fourmilleront les écrivains auto-édités. (…) Pour la première fois, les auteurs seront en mesure de se lancer sur le marché japonais selon leurs propres conditions, ils seront aussi en prise directe avec leur public. Ils réussiront, ou ils échoueront, mais seulement grâce / à cause d’eux-mêmes, pas sur un coup de dés. L’époque n’a jamais été aussi propice pour les écrivains de regarder si, à l’Est, il n’y a rien de nouveau. »

(d’après Publishing Perspectives)

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