Pourquoi les écrivains aiment les pseudos

Les noms d’emprunt font partie du paysage littéraire. Simple masque ou changement de genre, ils révèlent toujours la même chose : l’envie de transgression.

C’est un fait : les écrivains aiment avancer masqués. Dans un essai qui vient de paraître aux Etats-Unis, Nom de plume : A (Secret) History of Pseudonyms, Carmela Ciuraru analyse ce phénomène. Où l’on apprend – mais est-ce vraiment une surprise ? – que la création d’un nom fictif « permet aux auteurs de se libérer d’une identité trop restrictive ».

Les romans érotiques premiers touchés

Le genre littéraire qui regorge le plus de pseudonymes, c’est évidemment la littérature érotique. Guillaume Apollinaire, Dominique Aury, Georges Bataille, etc. : ils sont nombreux ceux qui, au moment de s’avancer sur ce terrain, ont préféré s’inventer un nouveau patronyme. Si le poète de la fin du XIXe – qui s’appelle en réalité Wilhem Albert Włodzimierz Apolinary Kostrowicki – s’est contenté de se dissimuler derrière ses initiales « G. A. » ou des couvertures muettes, les deux autres ont préféré emprunter un nom, plus ou moins réaliste. Ainsi Dominique Aury (Anne Desclos de son vrai nom) s’est-elle rebaptisée Pauline Réage pour la publication d’Histoire d’O, tandis que Georges Bataille s’auto-anoblissait en adoptant l’identité, plus farfelue, de Lord Auch pour Histoire de l’œil.

Les raisons d’une telle démarche ? La volonté d’échapper à la censure. Ou celle d’éviter les poursuites pour outrages aux bonnes mœurs. Ou bien encore celle de ne pas associer son vrai nom à des textes jugés indignes. Plus positivement, l’idée de s’adonner à la transgression est, elle, omniprésente. Le pseudo, c’est ainsi ce qui permet de « bâillonner prestement son surmoi, de désinhiber son imagination, de décomplexer sa plume ou encore d’envoyer valdinguer une conception carcérale de l’identité », écrit Bruno Juffin dans les Inrocks.

La supercherie JT LeRoy

Et si cette transgression peut s’arrêter à un simple changement de nom, il peut aussi aller bien plus loin. Afin d’éviter les réactions outragées de la société du XIXe, Emily Brontë change de sexe pour publier Les Hauts de Hurlevents. Le roman, qui déborde de violence physique et psychique, paraît ainsi sous le pseudonyme d’Ellis Bell. L’usage est de famille, puisque les deux sœurs d’Emily, Anne et Charlotte, se « déguiseront » en Acton et Currer Bell pour, elles aussi, se construire une destinée littéraire.

Laura Albert, elle, poussera le « vice » encore plus loin. En 1996, cette Américaine d’une trentaine d’années publie un roman, Sarah, sous le nom de JT – pour Jeremiah « Terminator » – LeRoy. Sauf que l’écrivaine ne se contente pas d’inventer cette identité d’ado trash, pauvre et prostitué. Elle lui donne chair en public. A grands renforts de perruques, de lunettes noires ou de chapeaux, c’est l’une de ses belles-sœurs d’alors qui incarne le rôle. La supercherie tiendra longtemps. Ce n’est que dix ans plus tard, en 2006, que l’agent de JT LeRoy révèlera la vérité dans un article du New York Times.

(d’après les Inrocks)

Sur le même sujet, lire aussi : Générer son nom de plume.

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