Pourquoi les agents littéraires deviennent-ils éditeurs ?

La semaine dernière, trois nouveaux agents littéraires ont annoncé qu’ils se lançaient dans l’édition.

En France, la question ne se pose même pas. Avec à peine une vingtaine d’agences, qui représentent environ 250 à 300 auteurs, sur plus de 50 000 estimés (selon une étude du Motif de juin 2010), le métier d’agent littéraire en est encore à un stade dérisoire. Il en va tout autrement dans le monde anglo-saxon. Aux Etats-Unis, on compte par exemple 465 agences de ce type.

Aussi, quand Ed Victor, célèbre agent littéraire américain, décide de se lancer dans l’édition, cela fait du bruit. Celui qui est basé à Londres vient en effet de créer Bedford Square Books, qui sera spécialisée dans l’édition de livres numériques et l’impression à la demande. Les six premiers ouvrages seront publiés en septembre. Il s’agira de rééditions d’œuvres (fictions et documentaires) écrites par des auteurs que représente l’agence. La sortie de six autres titres est également prévue pour janvier 2012. Selon le porte-parole de Bedford Square Books, les auteurs toucheront 50 % des revenus engendrés par la vente de leurs livres, après réduction des coûts de production.

Un service aux auteurs et aux lecteurs

« Depuis un moment déjà, mes collègues et moi pensons qu’un certain nombre de titres de nos clients, qui ne sont plus édités ni protégés par des droits d’auteur, devraient être de nouveau accessibles au public, soit parce qu’ils sont toujours d’actualité, soit parce qu’il s’agit de classiques, a expliqué Ed Victor. Nous estimons donc que c’est un service à rendre aux auteurs, mais aussi aux lecteurs. » L’agent littéraire n’a pas exclu non plus, dans le futur, d’éditer des manuscrits originaux « si nous estimons qu’il s’agit d’un besoin impérieux ».

Et Ed Victor a fait des émules. Quelques jours après son annonce, deux autres agents littéraires, Curtis Brown et Blake Friedman, ont déclaré leur intention de franchir le pas eux aussi. « Il ne s’agit pas d’un acte d’agression vis-à-vis des maisons d’éditions, mais d’une démarche raisonnable et réfléchie », a commenté Blake Friedman.

Quid de la question du conflit d’intérêt ?

Ces décisions pourraient accélérer la réflexion du côté de l’association britannique des agents littéraires (Association of Authors’ Agents, AAA). Il y a un peu plus d’un mois, alors que l’agent littéraire Sonia Land annonçait la réédition d’une centaine d’ouvrages de Catherine Cookson via sa propre entreprise, Peach Publishing, des membres de l’AAA évoquaient en privé la suppression d’une clause interdisant aux agents littéraires de se constituer en éditeurs.

Cette fois encore, le président de l’AAA, Antony Goff, a tout de même tenu à rappeler un principe fondamental : « Même si les frontières entre auteur, agent et éditeur deviennent de plus en plus floues, nous devons nous assurer qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêt », a-t-il martelé. La question qui se pose, en effet, est la suivante : comment un auteur peut-il espérer des conseils impartiaux de la part de son agent littéraire quand celui-ci est également éditeur et a donc tout intérêt (financier en premier lieu) à le voir signer chez lui ?

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