Pourquoi l’Argentine bloque 1,6 millions de livres à sa frontière

Selon le gouvernement du pays, il s’agit de favoriser la reconstruction de son industrie de l’imprimerie. Les éditeurs, eux, parlent d’une tentative de censure.

Depuis le 15 septembre, près d’,6 millions de livres sont bloqués à la frontière argentine. Des ouvrages importés, imprimés essentiellement en Espagne, en Chine, en Uruguay, aux Etats-Unis et au Chili. Et tandis que les libraires et éditeurs crient au scandale, parlant même de « censure », l’exécutif du pays, lui, brandit l’argument du protectionnisme.

« Le monde va dans une direction et, parfois, nous semblons aller dans l’autre sens, mais c’est un chemin nécessaire si nous voulons que notre pays se reconstruise et retrouve des compétences qu’il possédait autrefois », déclarait ainsi, jeudi dernier, la présidente argentine, Cristina Kirchner, lors de l’inauguration du musée national du livre et de la langue.  Selon les maisons d’édition du pays, les livres ne seraient d’ailleurs pas les seuls biens concernés par ce phénomène.

Une question de taxes ?

Plus que le blocage en lui-même, ce qui révolte les professionnels locaux du livre, ce sont les pressions que le gouvernement leur imposerait pour rapatrier l’impression des ouvrages sur le territoire national. En 2010, les Argentins, gros consommateurs de livres, en auraient acheté 76 millions. D’après le ministère de l’Industrie et le syndicat national des imprimeurs, près de 60 millions d’entre eux auraient été fabriqués à l’étranger, soit 79 % du total. Ces chiffres sont contestés par les éditeurs argentins, qui avancent le pourcentage de 2/3 des livres imprimés en Argentine.

Dans les faits, il est vrai que les imprimeurs argentins sont désavantagés par rapport à leurs voisins sud-américains et, plus largement, par rapport à leurs concurrents étrangers. En effet, depuis 2001, une loi exempte de toute taxe les importations de livres finis sur le territoire national. Un avantage qui s’applique aussi aux livres finis produits localement, mais pas aux matériaux que les maisons d’édition font venir de l’étranger pour les faire fabriquer.

La distribution paralysée

Mais, entre la défense de la liberté commerciale d’un côté et la protection des intérêts nationaux de l’autre, un autre problème se fait jour. « La situation est grave, parce que cette paralysie affecte tout le travail éditorial ainsi que la vente en kiosque et en librairie », s’alarme ainsi un grand distributeur.  De quoi obliger les deux camps à rapidement trouver un terrain d’entente ?

(d’après Associated Press pour The Chicago Tribune et El Pais)

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