Pourquoi certains auteurs étrangers choisissent-ils le français pour écrire ?

Nancy Huston, écrivaine franco-canadienne, et Atiq Rahimi, romancier franco-afghan, ont choisi le français pour écrire. Ils  expliquent les raisons de leur choix.

français pour ecrire-hustonNancy Huston : « Je suis arrivée en France il y a 40 ans pour une année d’étude. C’était plus facile pour moi d’écrire en français qu’en anglais. Je me sentais libre et légère car délivrée de l’enfance. Le français me donnait une protection. J’ai cependant récupéré ma langue maternelle après une maladie grave. Le corps ne ment pas : il m’a fait comprendre que j’avais renié mes racines. J’accepte désormais les deux langues, ces deux parties de mon cerveau, qui ne sont pas le même moi. Le bilinguisme et l’exil sont des leçons d’humanité : tout le monde est multiple, a des parties du cerveau en conflit. La langue française me protège des émotions trop violentes. C’est un masque de neutralité. Je voulais écrire un livre avec des passages en français et en anglais de manière équilibrée. Le français a pris le dessus. C’est difficile d’inventer une langue dans sa langue maternelle, de forger quelque chose de nouveau, car on est pris par les habitudes scolaires et les clichés. Ecrire en français était bien plus jouissif. On ne cherche pas la facilité, mais la profondeur. »

 

français pour ecrireAtiq Rahimi : « Je suis arrivé en France après avoir obtenu l’asile politique en 1984. Je voulais apprendre le français à travers sa littérature. Je me suis donc inscrit en auditeur libre à l’université, mais je ne comprenais rien ! J’ai écrit mon premier roman en persan. Il a été trouvé bizarre par les Afghans car j’y avais intégré la rhétorique de la langue française. A l’inverse, j’applique la rhétorique du persan en français. Je reste un exilé : la langue est mon lieu d’exil. On écrit pour trouver une place dans la société où l’on vit. On voit ainsi le monde depuis cette nouvelle langue. J’ai également choisi le français car le persan a une littérature très poétique. Chaque fois que j’écrivais une histoire, elle se transformait en poème. J’avais donc du mal à m’exprimer en français mais aussi en persan ! La langue française m’a permis de prendre cette distance. Je reviens toujours sur chaque mot. L’écriture en français n’est pas automatique ».

(Crédits photo : ®Fanny Dion, Getty images) propos recueillis lors du Salon du livre de Paris 2015

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