Pourquoi apprécions-nous les récits terrifiants ?

article-halloweenVous croiserez peut-être quelques créatures étranges en cette journée d’Halloween. Les monstres et tueurs de papier, si bien mis en scène par les maîtres de l’horreur, vous effraient probablement plus. La mécanique du genre est toujours redoutablement efficace ! Découvrez aujourd’hui les effets des récits horrifiants sur le lecteur. Attention, l’enfant qui est en vous est probablement à l’origine de vos peurs !

Avez-vous déjà ressenti un frisson à la lecture d’un récit horrifiant ? Vous n’êtes pas le seul ! La philosophie elle-même s’est intéressée à ce phénomène de terreur, à la fois recherché et craint. Edmond Burke a ainsi proposé son esthétique de l’horreur dans son livre Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau, publié en 1757 : « La terreur est une passion qui crée toujours du plaisir lorsqu’elle ne nous atteint pas directement. Tout ce qui excite les idées de souffrance et de danger, c’est-à-dire tout ce qui est analogue à la terreur, est une branche du sublime. Cela produit l’émotion la plus intense que l’esprit peut ressentir ». C’est beau, la peur !

Le plaisir de la peur
« Lorsque nous lisons des récits d’horreur, nous devenons accros à l’adrénaline. Nous sentons nos battements de coeur s’accélérer, nous ressentons une véritable crainte sans être en danger. C’est un cliché, mais je pense que certains lecteurs recherchent cette émotion car elle les fait se sentir vivants. Peut-être sommes-nous simplement masochistes », explique Sarah Lotz, auteure dans le domaine de l’horreur également. « Ressentir des émotions extrêmes, inconnues au quotidien, est un plaisir intensifié par le jeu avec la peur », estime Terry Heller, critique et professeur d’anglais aux Etats-Unis.

La purgation des passions
Pour la romancière Sarah Pinborough, intéressée par le genre de l’horreur depuis une représentation de Dracula à l’école, l’émotion ressentie s’apparente à une purgation des passions. « L’horreur surnaturelle nous libère de nos peurs existentielles sans avoir à y faire face« , analyse-t-elle. « C’est un moyen de fuir les limites normales de la société, de faire l’expérience de certaines peurs pour ensuite prétendre les maîtriser », estime Terry Heller.

L’enfance aux racines de la peur
D’où viennent les traumatismes des écrivains maîtres de l’horreur ? De contes pour enfants ! L’auteur britannique Ramsey Campbell a été particulièrement marqué par une bande dessinée de la série Rupert. Ce sympathique ours vit des aventures fantastiques en compagnie de ses amis, tous pleins de bons sentiments. Et pourtant. L’histoire L’arbre de Noël de Rupert, que Campbell a lue en 1947, est gravée dans sa mémoire. « Rupert acquiert un arbre magique qui retourne dans la forêt après les festivités. C’était probablement une charmante petite histoire pour enfants. Mais les détails… la petite voix aiguë de l’arbre, les grincements qu’entend Rupert dans la nuit, la piste de terre qu’il suit de sa maison, et surtout la silhouette dandinante qui s’incline vers lui. Tout cela appartient à la fiction surnaturelle pour adultes. Mon intérêt pour le genre fantastique a débuté à cet instant. Mes préoccupations viennent assurément de mon enfance » a déclaré l’écrivain. Il s’emploie à terrifier ses lecteurs depuis une trentaine d’années désormais ! « Les bons auteurs de l’horreur sont rares…et Campbell est plus que bon » assure Stephen King, autre maître du genre. Il a quant à lui été choqué par l’histoire de Bambi. « J‘ai été à la fois terrifié et exalté lorsque ce petit faon s’est fait piéger dans la forêt. Je ne peux pas l’expliquer », raconte-t-il. Certains contes sont bien les premiers récits d’horreur que l’on a entre les mains !

  (Source : The Guardian ; Crédit photo : © Firma V)

Partagez cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.