Portrait sombre de l’édition britannique

John B. Thompson, professeur de sociologie à Cambridge, a réalisé une enquête sur le milieu de l’édition britannique. Il en dresse un portrait bien sombre.

Le « Far west ». C’est en ces termes que John B. Thompson présente l’édition généraliste outre-Manche. Au cœur de ses inquiétudes : « l’urgence » par laquelle l’édition est régie, et l’abandon du système de prix fixe des livres en 1995.

Vente au détail bouleversée

Le secteur est dominé par les grandes chaînes comme Barnes & Nobles ou Amazon, qui peuvent imposer leurs conditions aux éditeurs. Certains ouvrages peuvent ainsi connaître des réductions de plus de 60%  dans certains magasins, diminuant les marges des éditeurs.

Concrètement, les grands groupes  fixent à leurs responsables d’unités des objectifs de croissance 10% en moyenne par an. Un chiffre difficile à atteindre pour un marché peu évolutif. D’autant plus que pour réaliser ces objectifs financiers, les responsables d’unités mettent sur le marché des « livres instantanés », écrits par des célébrités, aux dépens d’œuvres de qualité.

Dénicher le best-seller

Vendre toujours plus est devenu le leitmotiv. A tel point que les éditeurs tentent désormais de dénicher à tout prix le « big book », celui qui deviendra assurément un best-seller une fois en librairie. Pour cela, on mise sur les « auteurs-marques », mais aussi, plus étonnant, sur les nouveaux écrivains, car ceux-ci ne seront pas défavorisés par de mauvais chiffres de vente antérieurs…

Pour Thompson, la solution serait de repenser le modèle économique de l’édition dans son intégralité. Il insiste sur l’importance du retour à un système de prix fixe, pour permettre le maintien d’un grand nombre de points de vente et de petites maisons d’éditions. Il en va, selon le sociologue, de l’indépendance des libraires et de la qualité des ouvrages sur le marché.

(D’après Merchants of culture. The Publishing Business in the 21st Century, de John B. Thompson,  aux éditions Cambridge Polity, octobre 2010.)

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