Max Obione : La vérole du polar

Chaque mois, retrouvez sur enviedecrire.com, une chronique de Max Obione qui nous raconte sa passion pour l’écriture. Son dernier livre Scarelife est paru aux éditions Krakoen en mars 2010. En février 2011 il publie une nouvelle intitulée Boulette aux éditions In-8, dans la collection La porte d’à côté dirigée par Jean-Paul Basly et en mars sortira un nouveau recueil de nouvelles : L’ironie du short, chez Krakoen dans la collection Court-Lettrages.

Si vous avez manqué le reportage vidéo présentant Max Obione, retrouvez-le sur sa page chroniqueur.

Il faut d’abord s’entendre sur le terme générique de « polar ». Terme d’apparition récente, son usage s’est répandu rapidement car ce mot « valise » correspond à un besoin. Celui de bourrer la dite valise d’un tas d’objets littéraires disparates appartenant à des catégories partageant en commun : la fiction romanesque, le crime, le mal, les figures de l’ordre en la personne du policier et du désordre en la personne du tueur en série par exemple. On y fourrera : le roman d’énigmes criminelles, le roman policier, le roman noir, le thriller, etc. Pour les contours plus précis, je vous renvoie aux écrits de Claude Mesplède, l’auteur du Dictionnaire des littératures policières (en 2 volumes). Mais ce genre ainsi envisagé est une sorte de maladie virale qui contamine toutes les lettres. Longtemps considéré comme une infra littérature, celle qu’on trouvait dans les halls de gare, celle qui avait pour but de divertir, une littérature de mauvais genre puisque le flic ou le malfrat, trublion de l’ordre établi, y offrent l’image de héros contemporains, …aujourd’hui le purgatoire est terminé.

Maurice Leblanc au Panthéon

N’a-t-on pas fait entrer au Panthéon des lettres, à savoir dans la collection La Pléïade, Simenon et récemment Vernon Sullivan (Boris Vian) ?  Sophocle (Œdipe roi), Camus (L’étranger) pour ne citer que ceux-là dans l’histoire littéraire, n’appartiennent-ils pas à cette catégorie polymorphe et foisonnante ? Une bibliothèque parisienne (Bilipo) ne lui est-elle pas entièrement consacrée ? Bref, le polar s’est tout naturellement installé dans la famille des lettres ; on entend encore quelques toussotements de mépris dans son dos, mais le cousin parvenu aux mauvaises manières, peu recommandable, qu’on regardait de haut, partage désormais la table des écrivains dignes. Parce que les « polardeux » sont parfois de grands écrivains, tout simplement.

Le poison inoculé fait son œuvre, au point que les derniers Goncourt et Renaudot 2010 pourraient être catalogués de polar, appelés à côtoyer James Ellroy, Dominique Sylvain, entre autres, qui sont apparus récemment dans l’émission télévisée La Grande Librairie de François Busnel sur la 5. Il faut savoir qu’un cinquième des livres vendus en France sont des polars, cette importante diffusion le rangeant à coup sûr dans la littérature populaire. Remarquons encore le goût prononcé des spectateurs pour les films ou les séries télévisées à base d’intrigue policière ou criminelle. Cette courte introduction n’épuise pas le sujet évidemment, mais elle sert à me positionner en tant que romancier ou nouvelliste qui prétend écrire des polars.

Raconter des histoires

Si j’ai choisi de me ranger modestement parmi les auteurs de polar, c’est que ce genre me donnait une grande liberté formelle dans l’objet même de ce qui m’intéresse  « raconter des histoires ». Comme l’eau tiède est un liquide qui ne procure pas l’ivresse, l’alcool fort de l’intrigue criminelle fut donc mon breuvage d’écriture. C’est le versant noir de la destinée humaine qui me captive. Mes romans ou mes nouvelles, même sous des dehors parfois souriants, abordent la question du passage à l’acte criminel, du basculement d’un univers policé à un monde déglingué. Je ne suis pas le premier, comme le dernier, à labourer ce champ fictionnel évidemment, mais j’essaie pour ma part de revisiter les archétypes de cette littérature de genre, en violant le plus allégrement possible les codes, en fildeferrant sur l’extrême du rasoir.

Remue-méninges

En toute liberté puisque personne n’attend vraiment mon futur livre, j’écris donc par passion et plaisir. N’étant pas adepte du ressassement de la recette qui marche, aucun de mes textes ne ressemble à ceux qui les précèdent. Je me remets en question, en recherche de forme, à chaque création.

Dans Gaufre royale, c’est la figure du détective que je bouscule dans un récit à plusieurs étages narratifs correspondant à plusieurs temporalités ; la durée réelle de l’action n’est que de vingt minutes et le roman compte un peu moins de deux cents pages. C’est un remue méninges, j’embarque le lecteur dans la tête du héros qui poireaute dans la queue devant la marchande de gaufres, durant tout le roman.

Dans mes deux derniers romans, l’action se déroule aux USA. Le premier Amin’s blues a pour toile de fond, la boxe et le blues dans le deep south. C’est un roman dans la veine faulknérienne, bruit et fureur, si bien mis en récit par James Lee Burke, Harry Crews et quelques autres. J’ai eu recours au collage comprenant des pièces d’instruction criminelle, un mail, un article de magazine, une photo, des paroles de blues, etc. le narrateur reliant le tout. Le dernier, Scarelife, c’est l’histoire très noire d’une équipée criminelle allant du Montana jusqu’en Louisiane. Roadmovie au cinéma, roadbook ici en quelque sorte. Je rends hommage, sans la pasticher, à la grande littérature noire américaine, David Goodis en l’espèce. Dans cet ouvrage, j’utilise trois formes : le monologue intérieur, le scénario, la narration classique.

Partir à l’aventure

J’ai écrit également deux romans de « papys flingeurs » – Les vieilles décences et Le jeu du lézard, mais la poursuite d’une série avec personnages récurrents m’ennuie. Le canevas du troisième dort dans mes cartons depuis plusieurs années. Ces deux personnages ne me surprennent plus, je connais trop leur psychologie, leurs réactions, qu’ils en viennent eux-mêmes à conduire la barque du récit. Puis remplir chaque jour, les cases d’un plan bien chiadé me donne tellement l’impression de retourner au bureau que j’ai abandonné il y a quelques années déjà.

C’est beaucoup plus bandant de partir à l’aventure, ne sachant à l’avance où aller, une phrase poussant l’autre devant elle. A partir d’un simple synopsis de trois lignes, bâtir une histoire, une intrigue, décrire un monde en bon naturaliste tout compte fait de notre temps, gratter les plaies purulentes de la société, vivre la noirceur des destinées des criminels de papier, le tout en donnant aux lecteurs ce plaisir de lecture que le charme du style aura procuré, dans le meilleur des cas.

Ne modérez pas votre envie d’écrire

En conclusion d’une précédente chronique, je vous avais communiqué les bonnes feuilles du début de mon prochain roman – Les petites sueurs. Ce sera un roman social, j’espère assez allumé. Je n’ai pas beaucoup avancé et je ne sais toujours pas où l’histoire va me mener. Du bonheur en somme ! Actuellement, je mets la dernière main à mon prochain recueil de nouvelles (inédites et publiées) qui s’intitule L’ironie du short (Krakoen, sortie pour le salon du livre de Paris). Ces nouvelles sont le plus souvent des premiers chapitres des romans que je ne n’écrirais jamais.

Voilà ce qui m’anime, et je n’ai plus que quelques années de création devant moi. Chers lecteurs du site qui avez eu l’amabilité de lire mes chroniques, n’hésitez pas à assouvir votre envie d’écrire. Salut et fraternité !

Retrouvez Max Obione sur son blog : ça déblogue un max

Pour découvrir Scarelife, le dernier roman noir de Max Obione, rendez-vous sur : le site Internet des éditions Krakoen.

Découvrez aussi Balistique du désir, le recueil de nouvelles de Max Obione.

Et sa dernière publication : Boulette, nouvelle unique, chez In-8, collection La porte d’à-côté


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