Max Obione : D’où vient l’envie d’écrire ?

Découvrez la chronique d’écriture de Max Obione, romancier et auteur de polars. Son dernier livre Scarelife est paru aux éditions Krakoen en mars 2010. Chaque mois, retrouvez sur enviedecrire.com, une chronique de Max Obione qui nous parle de sa passion de l’écriture et du livre qu’il est en train d’écrire. Et pour mieux connaître Max Obione, regardez d’abord le reportage vidéo :

http://www.dailymotion.com/video/xer8ov

Envie ? Pulsion ? On parle même d’un virus de l’écriture. Comment s’attrape-t-il donc ? Quel processus mental est-il à l’œuvre dans ce phénomène ? Quel besoin interne l’écriture comble-t-elle ? Quel peut être le facteur déclenchant ? « Oh, lala ! Ça sent la prise de tête votre affaire. » Rassurez-vous, je vais vous révéler le secret, du moins celui que l’expérience m’indique comme tel : ce virus, vous le chopez, c’est tout ! « Un peu rapide comme explication ? » Inutile de tourner autour du pot en pontifiant et en fournissant quelques explications savantes. En dansant la valse indienne, les yeux à terre, les yeux en l’air afin d’interroger le ciel, vos invocations ne connaîtront que le mystère du silence sidéral. « Mais d’où vient-elle cette envie d’écrire ? » Encore ! Puisque vous insistez…

Premiers symptômes

La fièvre est encore légère, le mal ne s’est pas encore déclaré, la maladie n’a pas encore complètement envahi la totalité de votre être. Et pourtant vous sentez confusément que votre état normal a perdu sa superbe médiocre. Qu’il flotte autour de vous ce je ne sais quoi d’inconnu et de délicieux à la fois ! Que le gris du ciel vire au bleu ! Que la grimace se pare d’un sourire ! Tout passe par la lecture, en vérité. On ne fréquente pas impunément les livres, les bouses comme les chefs d’œuvre, les auteurs minus comme les génies. Ces derniers vous inoculent le virus, les premiers vous donnent l’intuition fatale que vous pourriez en faire autant : écrire… Les graines de ce mal sont plantées très tôt dans votre esprit. Déjà tout petit, maman vous endort en lisant les aventures de « Oui Oui ». Puis l’instit vous contamine, lui qui vous obligeait à lire « Sans famille » d’Hector Malot, le prof qui vous forçait à vous pastiller « L’étranger » de Camus.

Librairies indépendantes

Lorsque vous désespérez peu à peu de ne plus fréquenter d’autres héros qui vous captiveraient davantage, qu’un manque s’insinuait en vous faute de nourrir cet appétit de fiction, alors vous fréquentez la bibliothèque municipale, assoiffé, picorant de rayon en rayons, sorte de chien fou, la truffe en éveil, tout vous faisant ventre. Dans votre escarcelle, « La princesse de Clèves » pouvait côtoyer « Béru pète en sol mineur ». Puis, vous poussez, pour la première fois, la porte d’une librairie indépendante qui sent le papier neuf, et sur la table vous contemplez les nouveautés avec leurs couvertures chatoyantes. Vous y revenez deux fois par semaine, aimant ce silence et les gens que vous y rencontrez. Vous écoutez le libraire acteur vous vanter les mérites d’un nouvel auteur méprisé de la critique. Vous achetez cet ouvrage, et le pressant contre votre poitrine, vous courrez le lire avec délectation, à l’abri du monde, comme si vous croquiez un fruit défendu.

Phase d’incubation

La phrase, une à une, mêlée à une autre pour faire sens à une histoire, est devenue votre terrain d’aventures. « Les aventures sont dans les phrases », disait le grand Gustave. Et comme des histoires également peuplent vos rêves, par une alchimie inconnue, un beau jour, vous vous surprenez à voir courir votre Bic sur votre cahier de classe. C’est la deuxième phase d’incubation du virus.

Les plus lucides des petits écrivailleurs relisent et s’esclaffent. Ils déchirent ou ils rangent dans le tiroir du bas, ces bienheureux sont guéris. Les plus acharnés s’admirent, persévèrent, tartinent, s’imaginent. Ce sont les plus atteints. Surtout lorsqu’un projet s’élabore (une saga en huit volumes, pas moins).

Devenir aventurier

Mais attention à l’effet retard ! Ce fichu virus peut en effet se tapir dans un coin secret de votre cerveau et demeurer inactif, se réveillant sans crier gare lorsque vous pensiez être tiré d’affaire car les années vous mettaient  l’abri de cette maladie. Et patatras, voici que cette envie de courir la page blanche vous ressaisit (1) comme le démon de midi vous redécouvre accro au sexe de vos vingt ans.

Dans cette aventure singulière de création littéraire, peu d’entre nous évite les ornières de la désillusion, beaucoup tombe dans les fossés de la frustration, bon nombre souffre des affres de la passion d’écrire sans débouché.

Contourner les embûches

Il est commun de prétendre qu’il n’y a d’écrivain que si un lecteur achète son livre. Avant cet acte d’échange, il n’y a qu’un « écrivant » velléitaire satisfaisant un hobby. La route pour y parvenir est souvent longue si l’on excepte les contes de fées de l’édition miraculeuse, aussi faut-il éviter les chausse-trappes, aussi faut-il baliser son parcours pour contourner les embûches, aussi faut-il entretenir ce feu de la création littéraire. Sans doute, n’y a-t-il pas de recettes, ni de réel apprentissage pour devenir écrivain. Un bon outil syntaxique et un bagage de vocabulaire sont recommandés, mais l’outil et le bagage ne suffiront pas. Ecrire en littérature, c’est une expérience intime, c’est autre chose qu’enfiler des phrases à la queue leu leu, si vous êtes dénués de musique, de mondes ou d’univers intérieurs.

Echange d’expériences

Soyons lucides ! Sauf les quelques rares génies de la littérature, reconnus au prisme du temps, qui émergent parmi la multitude des faiseurs de livres, la plupart des auteurs sont des tâcherons (2) honnêtes – talentueux quelque fois – dont les œuvres viendront avec le temps rejoindre les caisses des bouquinistes sinon les rayons des bibliothèques, dussé-je faire souffrir les apprentis dont l’ego est parfois plus développé que l’aptitude. En tout cas, constat fort utile pour garder les pieds sur terre.

Il n’empêche, l’échange d’expériences – toutes singulières – entre les auteurs en devenir et les auteurs plus chevronnés paraît être une solution pertinente pour amener au monde, pour faire éclore, pour jouir de votre passion dévorante. Le site enviedecrire.com remplit judicieusement cet office.

1 : C’est mon cas, puisque j’ai écrit mon premier roman sur le tard, j’avais 57 ans.

2 : Immodeste, je me range dans cette catégorie.

Retrouvez Max Obione sur son blog : ça déblogue un max

Pour découvrir Scarelife, le dernier roman noir de Max Obione, rendez-vous sur le site Internet des éditions Krakoen.

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