Marc Lasnier : « Pour un auteur autoédité, le principal piège est la tentation de tout faire soi-même »

Depuis plusieurs années, Marc Lasnier vit en Thaïlande à Phuket où il gère un hôtel. Il a écrit le roman policier Phrom Thep qui se déroule dans son pays d’adoption et il a choisi d’autoéditer son livre. Dans cette interview, Marc Lasnier raconte son parcours d’auteur et donne des conseils à ceux qui sont tentés par l’autoédition.

Pourquoi avez-vous décidé de faire diagnostiquer votre roman par Enviedécrire ?
Marc Lasnier : Écrire un premier roman est un travail de longue haleine où l’on s’essouffle et l’on doute. Qui tenterait le Tourmalet sans entrainement ? Et, surtout, sans entraineur ? À mi-distance, je me suis demandé si passer encore six mois à user mes empreintes sur le clavier valait le coup. Il fallait absolument que je sache si j’avais pris la bonne route…

Concrètement qu’est-ce que le retour du conseiller littéraire d’Enviedécrire vous a apporté ?
M. L. : Mon roman Phrom Thep comporte quatre parties. Dans un premier temps, le conseiller littéraire spécialisé dans les littératures policières, Christophe Dupuis, n’est intervenu que sur les deux premières. Il m’a indiqué quelques points qui clochaient, mais, surtout, il m’a motivé à continuer dans cette voie, et c’était cela dont j’avais besoin. Le roman « achevé », je l’ai consulté une nouvelle fois, et là, le verdict est tombé : l’épilogue n’était pas dans le ton du reste ! Avec le recul, et beaucoup de travail pour corriger le tir, je pense que cet avertissement m’a évité l’échec.

Conseilleriez-vous à un auteur de faire analyser son roman par un professionnel avant de s’autoéditer ?
M. L. : Oui, et sans hésiter ! Quand on écrit une histoire, on est souvent trop impliqué pour analyser ce qui ne va pas. Bien sûr, il y a les bêta-lecteurs. Très souvent, ils sont issus de l’entourage et leurs avis, même s’ils sont très utiles pour dénicher les incohérences et se rendre compte si le roman plait ou non, ne remplaceront jamais l’expérience d’un professionnel.

Pourquoi avez-vous fait le choix de l’autoédition ?
M. L. : C’est l’impatience qui m’a poussé à tenter l’aventure sur Amazon. Je voulais me « frotter au lecteur », connaitre ses réactions. J’avais prévu de laisser le roman durant trois mois en exclusivité sur KDP (Kindle Direct Publishing), et de l’envoyer également aux éditeurs classiques. Après une semaine de publication sur KDP, il fallait se rendre à l’évidence, Phrom Thep était sorti du cadre familial et amical et avait trouvé son public. C’est à ce moment que j’ai envoyé le roman à un premier éditeur, spécialisé Asie. Son verdict est tombé rapidement : il me conseillait d’oublier Phrom Thep au fond d’un tiroir… Le ton de sa réponse était tellement cassant que j’ai mis à la corbeille les enveloppes destinées aux autres éditeurs. Ce fut mon « erreur de jeunesse », sans doute, car depuis d’autres maisons m’ont contacté, et il est probable que je dirai oui à l’une d’entre-elles pour le second opus, car autopublier un roman est un énorme boulot, fort chronophage.

Comment avez-vous fait fabriquer votre livre pour sa version papier ?
M. L. : Dans un premier temps, c’est Createspace, le filiale d’Amazon qui a assuré l’impression à la demande. Mais quand quand j’ai passé le cap des 1000 ventes, dont 300 en papier, je me suis dit qu’il fallait trouver une autre solution. Pour financer l’impression de mes livres, j’ai lancé une campagne de crowdfunding sur Ulule qui a très bien fonctionné. Il y a très peu de librairies en Thaïlande, encore moins francophones, et pourtant la demande des expatriés est très forte. J’ai donc fait imprimer mes livres directement en Thaïlande, et j’ai maintenant cinq points de vente qui distribuent Phrom Thep à Phuket, dont la librairie de l’Agence Consulaire. À Bangkok, on peut trouver le roman à la librairie Carnets d’Asie, qui le distribue aussi par correspondance. Le réseau va s’étendre petit à petit…

Au total, combien d’exemplaires avez-vous vendus à ce jour ?
M. L. : Il est trop tôt pour avoir le retour des nouveaux points de vente de Phuket, mais les 1500 exemplaires sont largement dépassés simplement sur Amazon. C’est très peu comparé à d’autres indépendants qui ont réussi à percer comme Wendall Utroi, ou Jacques Vandroux. Mais c’est immense pour moi qui n’espérait pas plus d’une centaine de lecteurs.

Comment assurez-vous la promotion de votre livre ?
M. L. : Essentiellement sur les réseaux sociaux. Au début la plus grosse promotion est venue d’Amazon, qui joue vraiment le jeu tant que l’on reste en exclusivité chez eux. Lors de ma « migration » récente sur la Fnac (Kobo), il y a eu un flottement dans les ventes, et j’ai fait appel à une attachée de presse au carnet d’adresses bien rempli. En quelques semaines, grâce à une vingtaine de chroniques élogieuses sur des blogs et même sur Youtube, Phrom Thep a retrouvé son rythme de ventes. Mieux encore, des magazines papier ont commencé à s’intéresser au roman (l’Événement, Latitudes…). Pour la version papier en Thaïlande, j’ai fourni des éléments de PLV aux points de vente pour mettre le roman en valeur, et organisé des séances de signatures en collaboration avec une association locale et le consulat.

Au cours de votre parcours d’auteur autoédité, avez-vous rencontré des difficultés et comment avez-vous fait pour les surmonter ?
M. L. : Le principal piège est la tentation de tout faire soi-même… Attention danger ! Dans mon cas, pas de correction par des bénévoles, mais un vrai pro reconnu par la profession. Pas de couverture « maison », celle de Phrom Thep a été réalisée par David Forrest, dont le travail a contribué au succès de plusieurs bestsellers. Mais surtout, avant toute autre chose, il faut un regard neuf et les conseils avisés de quelqu’un dont c’est le vrai métier. Sur le plan purement technique, j’ai rencontré assez peu de difficultés, mais je pense que ma formation et mon parcours professionnel m’ont aidé, car j’imagine que, par exemple, la plateforme iBook d’Apple a dû dérouter plus d’un autoédité…

Quels conseils donneriez-vous à un auteur qui souhaite autoéditer son livre ?
M. L. : Le temps qu’un auteur débutant passe à essayer de tout accomplir seul, c’est autant d’heures qui ne seront pas consacrées à l’écriture d’un second roman. On ne peut posséder toutes les compétences, il faut donc savoir déléguer.Certains dépensent des fortunes avec de pseudo-éditeurs « participatifs » pour de médiocres prestations et quelques dizaines de ventes au mieux. En huit mois seulement, mes seules ventes sur Amazon ont couvert la totalité des frais engagés pour permettre à Phrom Thep de se retrouver aujourd’hui sur les présentoirs d’un vrai libraire sans rougir face à son voisinage. N’est-il pas préférable, lorsqu’on va passer deux ans de sa vie sur un projet, de se donner les meilleures chances de réussite ?


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