Livres numériques : qui dicte les prix ?

Le grand débat sur le prix des livres numériques se heurte au phénomène d’auto-édition. Distributeurs, éditeurs, écrivains : qui aura le dernier mot sur le prix des eBooks ?

La France a été le premier pays européen à statuer sur le prix unique du livre numérique. Entrée en application en novembre 2011, la loi oblige les distributeurs à respecter les prix fixés par les éditeurs pour les eBooks. C’est déjà ce qui est prévu pour les livres papiers, mais appliquée au numérique, la loi fait débat. Certains y ont vu le meilleur moyen de pousser les lecteurs vers le piratage pour trouver des livres à moindre coût ou gratuitement. Autre effet secondaire indésirable : pousser les distributeurs à devenir éditeurs.

Amazon continue de créer la polémique

Après la levée de boucliers contre Amazon qui a retiré de la vente 4 000 livres d’éditeurs refusant de baisser leur marge, c’est maintenant les failles du Kindle Direct Publishing (service d’auto-édition d’Amazon) qui sont pointées du doigt. Le site TeleRead cite l’exemple de l’auteur de romans fantasy Jim C. Hince, qui montre que l’auto-publication ne garantit pas toujours le contrôle des prix. L’écrivain avait décidé, pour Noël, de solder son livre Goblin Tales à 99 cents (70 centimes d’euros) au lieu de 2,99$ (2,20€). Début janvier, l’auteur a souhaité revenir au prix initial, mais Amazon ne l’a pas entendu de cette oreille. Les nombreuses demandes de Hince ont enfin été prises en compte le 14 février. Si les pertes (estimées par l’écrivain à 15€) n’ont pas été immenses, la question du prix du livre numérique continue de faire débat.

Quel prix pour un eBook ?

L’auto-édition permet de réduire les intermédiaires, donc d’accroître le pourcentage des recettes accordé aux écrivains et ainsi de baisser le prix du livre. Seulement voilà, ce prix, établi entre 2,99$ et 9,99$ ne convient pas forcément à tout le monde. Les lecteurs s’habituent à ces prix « cassés », ce qui ne fait pas les affaires de certains auteurs. Le romancier Stuart Neville (Les fantômes de Belfast), s’est étonné de voir les lecteurs se plaindre du prix de son dernier livre, Stolen Souls : 9,99$. Il a ainsi déclaré : « Cela m’étonne que les gens soient si radins. Pensent-ils qu’une année de ma vie vaut moins de 10 dollars ? Croient-ils vraiment que dix à douze heures de divertissement ne valent pas le prix de deux ou trois cafés ?  » (Propos rapportés par le site Melville House). Il accuse une habitude du 100% gratuit, implanté chez l’internaute par le téléchargement illégal.

Un prix élevé, gage de qualité ?

Mais le téléchargement illégal n’est pas le seul en cause. La gratuité est en effet un des principes du web. Si les internautes comprennent que tout travail mérite salaire, ils sont tout de même moins enclins à payer le prix fort pour un livre numérique. Ce dernier n’a pas l’aspect sacré du livre papier. De plus, les lecteurs estiment que le numérique est moins cher à produire.

Les lecteurs veulent donc des petits prix, mais ces derniers ne servent pas forcément les livres. Certes un prix élevé n’est pas forcément gage de qualité mais un prix trop bas risque de dévaloriser le produit. Un principe marketing auquel n’échappe pas les eBooks. L’évaluation du prix du livre numérique piétine donc encore.

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2 thoughts on “Livres numériques : qui dicte les prix ?

  1. florent

    Vraiment la question est complexe. Il est vrai qu’un prix trop élevé dissuade et trop bas il engendre la méfiance. Moi je préfère me baser sur l’exemple de John Locke auteur américain qui a vendu 1 million d’ebook à 0.99$ ! La réputation et la qualité font la différence.
    Il faut aussi se poser la question à l’envers : Que faites vous si un livre que vous avez achetez 20€ est si mauvais que vous n’en auriez pas donné 3€ ?
    Au moins avec un prix bas, vous pouvez prendre le risque.

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  2. Patrick

    C’est vrai qu’on a pris l’habitude de « consommer » la culture en grande quantité via les nouveaux médias, médiathèques et autres. Aujourd’hui il devient inconcevable de dépenser plus de 20 euros pour un DVD pour beaucoup de personnes. Faut au pouvoir d’achat peut-être aussi…

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