« L’incipit est un mot de passe, un code qui donne accès au roman »

Laurent Nunez est romancier et critique littéraire. Il a notamment été rédacteur en chef du Magazine Littéraire et responsable de la rubrique livres de Marianne. Il a publié deux essais sur la littérature : Les Ecrivains contre la littérature (José Corti, 2006) et Si je m’écorchais vif (Grasset, 2015). Son dernier livre L’énigme des premières phrases (Grasset, 2017) est une analyse des incipit des romans ou pièces de théâtre les plus célèbres.
« Longtemps je me suis couché de bonne heure. »
« Aujourd’hui maman est morte. »
« DOUKIPUDDONKTAN, se demanda Gabriel excédé. »
Ces trois célèbres phrases ouvrent A la recherche du temps perdu, L’Etranger et Zazie dans le métro. Ce sont trois exemples d’incipit analysés mot à mot par Laurent Nunez. Un travail sérieux et minutieux qui n’empêche pas l’humour, bien au contraire. Nous lui avons demandé pourquoi il était fasciné par les incipit. Dans cet entretien, Laurent Nunez donne aussi des conseils aux auteurs pour écrire un incipit réussi.

Comment avez-vous eu l’idée d’écrire ce livre sur les incipit ?

Laurent Nunez : En 2009, j’étais professeur de français pour une classe de première. Afin d’aider les élèves à préparer le bac de français, je les ai préparés au commentaire de texte avec une méthode d’analyse mot à mot. Au début, les élèves trouvaient cela un peu bizarre, mais il semble que cela ait porté ses fruits car ils ont tous eu de bonnes notes à l’examen. Et puis un an plus tard j’ai commencé à travailler comme journaliste pigiste pour le Magazine Littéraire. Au cours d’une réunion de rédaction, quelqu’un a soumis l’idée d’une rubrique très technique qui permettrait de faire réfléchir les lecteurs sur l’écriture d’un livre. J’ai proposé de présenter des analyses d’incipit, mais l’idée n’a pas été retenue. J’ai pu cependant la mettre en œuvre dix mois plus tard quand j’ai été nommé rédacteur en chef du magazine.

Concrètement, comment avez-vous procédé ?

L. N. : Quand j’écrivais ce livre, je me voyais comme un aventurier qui inspecte un site archéologique que tout le monde a déjà visité. J’ai d’abord lu trois ou quatre livres étudiant l’œuvre dont je voulais analyser l’incipit. Mon objectif était de connaître tout ce qui avait déjà été fait dit sur cette œuvre, afin de voir où je pouvais m’immiscer pour dire des choses nouvelles. J’ai aussi veillé à rester modeste en me disant que si personne n’avait eu une idée avant moi, c’était peut-être tout simplement parce qu’elle était fausse… J’ai donc relu chaque œuvre en cherchant à repérer des indices qui valideraient mon interprétation. Et quand j’ai trouvé moins de trois indices dans le livre, je n’ai pas retenu cette interprétation.

Quelle est selon vous la valeur d’un incipit ?

L. N. : Je pense que l’incipit est presque plus important que le titre. D’ailleurs dans l’Antiquité, les codex n’avaient pas de titre. Ils étaient classés en fonction de leur première phrase. C’est dire l’importance colossale de l’incipit ! Quand on commence un livre, on survole souvent cette première phrase parce qu’on a très envie d’entrer dans le récit. Le lecteur devrait donc, quand il a terminé le livre, revenir à l’incipit pour découvrir ce qu’il a laissé passer. Car les incipit représentent un mot de passe, un code qui donne accès au livre.

Quels conseils donneriez-vous aux apprentis écrivains pour réussir l’incipit de leur roman ?

L. N. :  Au début d’un roman, pour donner des informations aux lecteurs, l’auteur doit répondre à ces questions : Qui ? Où ? Quand ? Comment ? Mais il s’agit bien sûr de le faire de façon subtile. En somme, il faut respecter cette règle tout en la contournant. Il n’est pas besoin de trouver l’incipit dès le début de l’écriture. L’auteur peut écrire un incipit « de travail » qui va l’accompagner tout au long de l’écriture de son roman et il pourra y revenir quand il aura fini d’écrire. On peut voir l’incipit comme la clé de la porte d’entrée d’une maison que l’on vient de construire. L’écriture d’un roman est en effet un peu comme un travail d’architecte. Les auteurs peuvent suivre le conseil de Mallarmé qui disait que dans tout ce que l’on écrit, il faut retrancher le début et la fin. Souvent, il ne faut pas hésiter à couper les cinq ou dix premières lignes que l’on a écrites et on arrive alors dans le cœur du sujet. L’incipit doit être une phrase simple et inoffensive, mais qui cache quelque chose. Cela me fait penser à ce que disait Descartes : « J’avance masqué ». Mais attention, il ne s’agit pas de coder démesurément cette première phrase, au risque de ne plus accrocher le lecteur.
(crédit photo : ©JF PAGA)

Lisez un extrait de : L’énigme des premières phrases de Laurent Nunez 

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