Libraire-éditeur : quand la frontière se trouble

Tandis qu’Amazon poursuit le développement de ses collections, trois éditeurs lancent un site communautaire destiné aux lecteurs.

Et maintenant les romans d’amour. Amazon, le géant de la librairie en ligne, a annoncé début mai son intention de lancer, d’ici à l’automne, sa collection « Montlake Romance ». Après les marques AmazonEncore et AmazonCrossing, le revendeur confirme donc son intention de développer sa branche édition. « Montlake ressemblera plus à une maison d’édition traditionnelle que ses deux aînées, détaille « Publishers’ Weekly ». Elle se battra pour signer des auteurs de romans à l’eau de rose contre les autres éditeurs »

Le magazine américain indique par ailleurs qu’Amazon cherche à publier des ouvrages dans d’autres genres littéraires (science-fiction et thriller notamment). Il confirme aussi que l’entreprise est toujours à la recherche d’un directeur général de la publication. On apprend également qu’un service commercial est en cours de développement, et que les bureaux du pôle édition seront basés à New York.

Faire comme IMDB et Rotten Tomatoes pour le cinéma

Dans le même temps, trois éditeurs font le chemin inverse. Simon & Schuster, Penguin et Hachette Book Group ont décidé de lancer Bookish.com, un site participatif sur les auteurs et les livres. « Le but est, à terme, de permettre aux internautes d’échanger leurs recommandations de lectures », explique les trois partenaires, qui veulent prendre exemple sur les sites communautaires IMDB et Rotten Tomatoes pour le cinéma. En plus des avis de lecteurs, Bookish devrait proposer des entretiens avec des auteurs, des actualités sur l’industrie du livre et des extraits d’ouvrages.

La plateforme aura par ailleurs un volet commercial. Les utilisateurs auront la possibilité de se voir proposer des titres en fonction de leurs goûts (et non de leur historique d’achats) s’ils acceptent de remplir une fiche détaillant leurs préférences littéraires. « Et bien que le site soit soutenu par trois géants de l’édition nord-américaine, l’accent y sera mis sur l’indépendance éditoriale, rapporte « Livres Hebdo ». Les livres de tous les éditeurs y seront inclus, à l’exception des livres publiés à compte d’auteur. » Des liens directs seront aussi fournis vers les détaillants. Les ouvrages seront eux disponibles en format numérique et papier.

Les éditeurs sont-ils prêts ?

Du côté des spécialistes, les réactions sont mitigées. Stephen Kobrin, professeur à la faculté de Wharton (Etats-Unis), se félicite qu’une initiative tente de recréer en ligne un réseau de lecteurs. « Alors que de moins en moins de lecteurs se rendent dans les librairies pour acheter des ouvrages, il va peut-être offrir la possibilité à ceux que ça intéresse de partager leurs découvertes, d’échanger leurs avis, bref, de retrouver cette expérience qui peut amener à acheter – ou pas – un livre », analyse-t-il avec enthousiasme.

Peter Fader, professeur en marketing dans la même université, se montre lui bien plus dubitatif : « Les éditeurs sont très bons quand il s’agit de déterminer quel auteur va connaître le succès, et ils sont aussi excellents quand il s’agit d’éditer un livre, explique-t-il. Mais ils n’ont jamais su vendre leurs produits et ne le sauront jamais, car ils ont trop méprisé cette activité par le passé. » Un autre problème concerne selon lui la maîtrise technologique : « Le risque est gros de les voir transposer sur le web les techniques traditionnelles de vente, au lieu de s’appuyer sur les innovations du monde digital », prévient Peter Fader. Avant de conclure, impitoyable : « Les éditeurs ne sont tout simplement pas capables, au jour d’aujourd’hui, de créer le buzz par eux-mêmes. »

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