Les secrets d’écrivain d’Elizabeth George

 L’écrivaine américaine Elizabeth George s’est distinguée en écrivant des romans policiers dans la pure tradition britannique. Son premier roman Enquête dans le brouillard, publié en France 1990, a obtenu le grand prix de Littérature policière. Depuis, tous les romans de celle que l’on surnomme « la plus anglaise des romancières américaines » ont été chaleureusement accueillis par la critique et les lecteurs. Le magazine française Lire l’a récemment interviewée lors de la sortie de son dernier roman. Voici quelques extraits de cet entretien :

(…) vous préparez énormément avant de vous mettre à écrire ?
J’en ai fondamentalement besoin. Les préparations en amont me permettent de démythifier tout le processus d’écriture du livre. Car, pour moi, le concept de roman qui doit prendre vie comme par magie est une idée absolument terrifiante. S’il fallait que je me dise chaque matin : Elizabeth, tu dois t’asseoir à ta table de travail pour sortir une histoire des confins de ton imagination… j’aurais beaucoup trop peur et je n’y parviendrais pas. Tout le travail préliminaire me permet de surmonter ma frayeur et ôte entièrement – et là il faut que je touche du  bois tout de suite – l’angoisse de la page blanche. En vingt-cinq ans, je n’ai jamais eu ce vertige. Justement parce que je fais les recherches les plus précises en amont. La peur de la page blanche est une manifestation de la peur, et moi, je n’aime pas avoir peur.

Vous partez d’un personnage, d’un décor, d’une situation ?
Les personnages font l’histoire. Ils doivent avoir des failles (comme dans la vraie vie), des conflits, des doutes. Quand j’esquisse un personnage, je commence par lui donner un nom, un caractère, une allure, un vêtement, une voix. Mon principal engagement d’auteur, c’est d’imaginer et de décrire des personnages réalistes. Comme disait William Faulkner, l’important est d’écrire sur les problèmes humains. Puis viennent les décors. Tout au long de ma carrière, j’ai été inspirée dans des lieux, leur nom et leur histoire. Je procède toujours de la même façon en passant beaucoup de temps en recherches préliminaires pour découvrir le bon environnement individuel ou élargi : le bureau, la maison, le paysage… en cherchant le détail révélateur.

Vous allez sur les lieux de vos crimes ?
Je commence par me documenter en lisant, je sélectionne les endroits possibles et je me rends sur place. J’arpente le secteur en tous sens. Avant, j’avais un gros appareil photo très lourd que je transportais sans cesse pour faire des clichés avec d’énormes sacs de pellicules. J’en ai besoin pour écrire, je dois les avoir sous les yeux. Maintenant, j’ai un petit appareil numérique très léger et je peux en faire autant que je veux. J’étale les photos autour de moi, je prends des notes, j’utilise aussi un dictaphone, et le soir, quand je rentre, je transcris toutes mes notes sur mon ordinateur pour écrire mon livre à mon retour de voyage.

Et vous faites un plan précis ?
Je fais toujours un plan avant de commencer à écrire. Je me pose toute une succession de questions, je construis ma liste de personnages, mon canevas, mon séquencier…

 (source : Lire, avril 2013, crédit photo : © Debra Hurford Browns)

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