Les secrets d’écrivain de Robert Goolrick

Robert GoolricRobert Goolrick, né en 1948, est originaire de Virginie où il réside actuellement après avoir vécu en Europe et à New York. Au Festival America 2014, il présentait son quatrième roman La chute des princes (Anne Carrière, 2014), mais c’est de son premier roman Une femme simple et honnête (Anne Carrière, 2009) dont il parle quand on l’interroge sur l’idée fondatrice d’un roman :

« Licencié du jour au lendemain de l’agence de publicité pour laquelle je travaillais, j’ai tout perdu à 50 ans. Je me suis retrouvé dans une nouvelle vie, je n’avais plus de moyens de subsistance, plus de métier, plus de travail. Je me suis retrouvé sans rien, à vivre dans de petits appartements. J’étais dans une souffrance terrible et je me demandais ce que j’allais pouvoir faire de ma vie. Neuf ans auparavant j’avais commencé un roman que j’avais laissé inachevé parce que mon travail était trop prenant, mais après six mois de souffrance et de tergiversations je me suis dit que j’allais finir ce livre. Ce qui a déclenché l’envie de me remettre à écrire ce roman, c’est une sorte de vision que j’ai eue d’une femme seule dans un jardin l’hiver. Quand cette femme se déplaçait dans le jardin, tout à coup il s’animait et revenait à la vie. Je ne savais pas qui était cette femme, d’où elle venait, où elle allait, ni quelle était son histoire. Mais j’ai ressenti le besoin d’inventer l’histoire de cette femme pour savoir comment elle s’était retrouvée là. C’est cela qui a motivé la reprise de l’écriture de mon livre. Plus tard, j’ai su d’où venait l’image de cette femme dans le jardin. Cela venait de mon enfance. Ma petite soeur avait un livre pour enfants dans lequel il y avait la scène exacte de cette femme dans le jardin que j’ai reprise à la fin de mon livre Une femme simple et honnête. Ce livre pour enfants racontait l’histoire d’un parc dans New York qui, au moment de l’arrivée du printemps, restait bloqué dans l’hiver. Dans cette histoire, une petite fille retrouvait la dame Printemps qui était la seule a avoir le pouvoir de redonner vie à ce parc. Ce qui est très étonnant, c’est que ce livre pour enfants lu 50 ans auparavant, m’ait offert cette image qui est devenue complètement vitale pour la reprise de l’écriture et a donné lieu à l’invention de ce roman. »

Trouver une phrase d’ouverture
« L’autre chose importante pour écrire un roman, c’est de trouver une phrase d’ouverture. Cette phrase peut venir à tout moment quand on fait complètement autre chose, sa lessive, la cuisine ou quand on se promène. Moi, cette phrase m’est venue quand j’étais au volant. Tout à coup, j’ai trouvé la phrase d’ouverture du livre Une femme simple et honnête. Ensuite, la grande question pour un écrivain, c’est d’écrire son roman à partir de cette phrase d’ouverture et d’arriver jusqu’à la fin. Son travail consiste à composer ce qu’il y a entre ces deux pôles. Pour écrire mon roman, j’ai travaillé 14 heures par jour, je ne pouvais plus le lâcher. Je me relisais et je réécrivais au fur et à mesure. Quand je suis arrivé à la fin du livre, tout était dit, tout était fait, je n’ai pas vraiment eu besoin de le retravailler. Dans mon roman il y a une image centrale capitale qui a donné naissance à tout le roman mais c’est un mystère. Le grand travail de l’écrivain, c’est de résoudre ce mystère pour lui-même, ainsi que pour les lecteurs. »

Qu’écrit-on après un roman aussi important ?
« Je crois que chaque livre est autobiographique. Je pense même que chaque livre est un morceau de l’autobiographie qu’on écrit au fur et à mesure. Moi j’écris l’histoire de ma vie. Selon moi, chaque écrivain a une ou deux choses importantes à dire, mais plus vraisemblablement une seule. Dans mon cas, il s’agit de dire que je suis ici, que je suis présent pour mes lecteurs, pour moi-même, que je suis vivant. C’est une histoire sans fin et ce qui la déclenche, c’est une image, une obsession. Ensuite l’histoire s’écrit d’elle-même, elle s’écrit toute seule. Les quatre livres que j’ai écrits représentent une façon de raconter ma vie. Je continuerai à écrire jusqu’à ce que ma vie s’arrête. A ce moment-là ça sera terminé et ce sera aux lecteurs de décider de quoi cela parlait finalement. Mais d’ici-là, j’essaie de faire passer ce message très simple. Le roman que j’écris est comme une maison que je construis autour de ce message. Le travail des lecteurs est de trouver ce message. Moi je leur laisse un indice, une trace. »

Partagez cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.