Les secrets d’écrivain de Yasmina Reza

Yasmina Reza, auteur, ecrivain, metteur en scene.  Portraits realisees en mai 2014. (photo by Pascal Victor/ArtComArt)France Culture, la Bibliothèque nationale de France (BnF) et le Centre national du livre (Cnl) ont récemment lancé une collection de masterclasses avec de grands écrivains contemporains. C’est l’écrivaine Yasmina Reza, interviewée par le journaliste Arnaud Laporte, qui a inauguré ce cycle de rencontres. Auteure de pièces de théâtre (Art, Le dieu du Carnage…) et de romans, elle a reçu de nombreuses distinctions, dont le prix Renaudot pour son dernier roman Babylone (Flammarion, 2016). Dans cet extrait de la masterclass, Yasmina Reza parle de son processus d’écriture et de la nécessité de faire relire son manuscrit à d’autres personnes.

Quel est le point de départ de vos textes ? S’agit-il d’un sujet, d’une image, de lecture, d’une idée que vous avez envie de traiter ?

Pour moi, écrire est un acte qui procède plus du geste du peintre c’est-à-dire une idée de couleur ou de sensation. Pour le théâtre, c’est assez clair parce que c’est une scène, un lieu ou un, deux où trois ou quatre personnages se trouveraient. À partir de l’atmosphère même du lieu, j’ajoute les couleurs nécessaires, c’est-à-dire les mots. Mais je ne sais jamais où je vais aller.

Il y a un moment qui est très difficile, c’est quand on a envie d’écrire, que quelque chose vous semble devoir être écrit, mais il faut mettre en place la structure. Il faut choisir les personnages, choisir leurs noms, le pire c’est le métier. Trouver un métier peut prendre des jours et des jours, car un métier est très définissant. Pour Babylone, j’avais l’idée de scènes, du livre, de l’immeuble, vaguement des personnages, mais je butais sur le métier de la narratrice. Il me fallait un métier scientifique, mais pas prof ni chercheuse. Déterminer le métier prend un temps fou et c’est fastidieux parce que ce n’est pas de l’écriture, c’est de la recherche. […] J’ai dit à Erik Orsenna que je cherchais le métier de mon personnage. Lui écrivait un livre sur Pasteur et avait découvert le métier d’ingénieur brevet. Ce sont les gens qui ont une formation scientifique et qui écrivent les demandes de brevets. C’est un métier très rigoureux, pas très créatif. Je suis donc allée à l’institut Pasteur et j’ai interviewé des gens qui étaient ingénieurs brevet.

Comment construisez-vous vos personnages ?

Au début, il y a un âge. Je suis étonnée, car dans mes pièces anciennes j’ai écrit précisément 37 ans, 43 ans. Je ne fais plus cela aujourd’hui. Je détermine ensuite la fonction sociale et le rapport familial, marié ou pas. Et très vite, je donne un nom qui épaissit immédiatement le personnage. Je ne connais pas du tout le physique, ni les traits de caractère. J’ai très peu décrit le physique dans mes romans. Je ne décris le physique ou les lieux que si nécessaire, que si cela va faire avancer les choses.

Est-ce vous avez une discipline des horaires des lieux pour écrire, des rituels ?

Pas tant que ça. J’ai toujours préféré la vie à l’écriture. […] Tout est mieux qu’écrire, j’ai le temps pour écrire. Je suis toujours étonnée qu’on aille écrire comme au bureau. On peut écrire à n’importe quelle heure, c’est une activité merveilleuse c’est une activité d’une liberté incroyable qui ne demande pas d’horaires spécifiques, pas de lieu. Les plus belles choses que j’ai écrites étaient dans des aéroports, des trains, dans des endroits d’empêchement. J’aime m’isoler toute seule dans des endroits qui ne sont pas isolés. J’ai une faculté de concentration qui me le permet, donc il n’y a pas vraiment de rituels.

Est-ce qu’il y a des regards extérieurs sur votre manuscrit ? Est-ce que vous le faites lire, à qui et à quoi cela vous sert ?

Il y a toujours eu des regards extérieurs, c’est fondamental. Ils évoluent avec le temps, ce ne sont pas toujours les mêmes. Bien sûr ces personnes doivent adhérer à ce que je propose en général. Il faut une grande bienveillance. Ça ne peut pas être des gens qui ne sont pas des amoureux de ce que j’écris, parce que ce serait trop dangereux de donner à lire à des gens qui auraient déjà l’esprit critique en amont. Mais des amoureux, cela veut dire des amoureux ultra-exigeants qui sont capables d’avoir vis-à-vis de moi la plus grande liberté, comme de m’arrêter tout de suite dans une errance. Ils doivent être capables de me le dire sans le moindre gant. Ils doivent aussi pouvoir me donner un certificat de fin, parce que c’est très difficile de savoir le degré de finitude d’une œuvre. On termine par épuisement. Je ne pense pas qu’on se dise : voilà, j’ai produit un chef-d’œuvre et je mets le point final. Non, on est très insatisfait, on pense qu’on aurait pu faire mille fois mieux. Donc j’ai une lectrice depuis longtemps, toujours la même, qui est de plus en plus méchante et exigeante et j’ai mes enfants. J’ai deux enfants maintenant adultes qui sont des lecteurs très avisés et pas du tout complaisants. Je ne pense pas qu’on puisse écrire tout seul, ce n’est pas possible. Je n’ai jamais pris mes éditeurs comme lecteurs à cause de leur fonction, car ils ont un intérêt commercial. Leur avis ne peut donc pas être valable.
(crédit photo ©Pascal Victor / ArtComArt)

Vous avez besoin d’aide pour écrire votre roman ?

Découvrez tous nos services aux auteurs !

tous les services

Vous écrivez et avez besoin de l’avis et des conseils de professionnels ? Nos services aux auteurs sont faits pour vous ! En savoir +

Faites évaluer votre manuscrit

visu-diagnostic-carre

Un conseiller littéraire expérimenté vous offre un retour critique, constructif et détaillé sur votre roman ou votre recueil de nouvelles pour vous aider à l’améliorer. En savoir +

 

Partagez cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.