Les secrets d’écrivaine de Virginie Despentes

virginie despentesVirginie Despentes est une écrivaine et réalisatrice française née en 1969. D’abord refusé par de nombreux éditeurs, son premier roman Baise-moi (éd. Florent Massot, 1996) est un véritable succès, tandis que son adaptation en film fait scandale en 2010. En tant que féministe, elle explore, dans ses romans, les limites des rapports hommes-femmes ou de la pornographie et fait une critique amère de notre société, notamment dans sa dernière série de romans, Vernon Subutex (Grasset, 2015). En 2016, elle est nommée membre de l’Académie Goncourt.

Vous évoquez un processus d’écriture ludique. Est-ce souvent le cas ?
Cela ne se sent pas quand on me lit, on peut même avoir le sentiment que je n’en ai rien à faire, mais je suis facilement angoissée par l’écriture. Je peux mettre beaucoup de temps avant de me lancer, être prise par une peur qui m’oblige à attendre. Mais une fois que j’ai commencé, j’écris vite. Et je me relis beaucoup. Je pourrais d’ailleurs me relire davantage encore, être plus méticuleuse. Dans son recueil Changer d’avis, Zadie Smith explique qu’elle se relit « jusqu’à l’usure ». Si j’étais bonne élève, je ferais la même chose. Cela dit, il me semble que, d’un auteur tel que moi, on n’attend pas la perfection de la phrase, mais plutôt quelque chose lié au souffle, à l’énergie. Parfois, alors que je retravaille sans fin une phrase, je me dis : arrête, cette phrase, ce n’est pas la peine d’en faire LA phrase, ce n’est pas ton truc.

Avez-vous toujours connu cette angoisse d’écrire ?
L’écriture de Baise-moi, il y a vingt ans, ne fut que ludique. Les gens parmi lesquels je vivais faisaient de la musique, ou de la danse, aucun n’écrivait. Le roman contemporain n’existait pas pour moi, et je n’ai compris que plus tard qu’il existait des personnes qui se faisaient une idée tellement haute de l’écriture d’un livre qu’elles pouvaient y consacrer des années. Alors que, pour moi, c’était comme écrire une nouvelle, ou un article. (…) Pour le deuxième, Les Chiennes savantes, je n’étais guère plus consciente. En revanche, je me souviens combien Les Jolies Choses a été terrible à écrire, à relire, à publier. En lutte permanente contre l’angoisse. C’était mon troisième livre, mais j’avais conscience que c’était lui qui ferait de moi un écrivain.

Ce passage de l’insouciance à l’anxiété était-il lié à un changement de votre relation avec l’écriture ou à la pression extérieure ?
Tout se mêlait. A un moment, on comprend ce que signifie d’être lu. Ecrire, c’est s’autoriser à prendre la parole à visage découvert. J’ai commencé par un livre qui s’appelait Baise-moi et qui parlait de façon frontale de la sexua­lité. Ce roman, je l’ai écrit dans ma chambre, sans penser une seconde que même le facteur le lirait… Pour moi qui suis timide, réservée, être l’auteur qui portait Baise-moi n’était pas simple du tout. L’écriture avait beau avoir été une super aventure, pleine d’adrénaline, vingt ans plus tard je comprends qu’à l’époque je me sois sentie un peu empêtrée.

Dans Vernon Subutex, vous faites revenir des personnages d’un roman à l’autre, comme la Hyène, pourrisseuse de réputation sur le Net…
Oui, et cela me fait tiquer quand j’entends les auteurs dire que ce sont les personnages qui mènent la danse. Moi, ils ne m’emmènent jamais nulle part, mes personnages, ils me laissent faire tout le boulot ! Mais c’est vrai, à force de les visualiser, de les écouter, ils deviennent un peu comme des gens de notre répertoire. On prendrait presque de leurs nouvelles.

Votre écriture donne l’impression d’une grande spontanéité, mais apparaît aussi très sophistiquée. Comment travaillez-vous ?
J’écris d’un jet, et je relis beaucoup. Comme dans le montage d’un film, tu mets toutes les scènes côte à côte et c’est l’« ours » et tu travailles à partir de ce matériel. Au début, c’est illisible, et ça me donne envie de mourir, mais après ça s’articule. Je déplace, j’inverse, cherche où commence la scène, à quel moment le plan s’essouffle… Dans ce livre, les chapitres sont conçus comme des épisodes de série. D’ailleurs, écrire un deuxième tome de Vernon Subutex – il y en aura peut-être un troisième -, c’est comme construire une nouvelle saison.

(Sources : Télérama, Le Magazine Littéraire)

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2 thoughts on “Les secrets d’écrivaine de Virginie Despentes

  1. Marie-Hélène

    C’est intéressant, mais enfin quelque chose m’échappe : vous prenez deux interviews parues dans deux journaux différents (juste mentionnés à la fin) que vous fondez en une seule ?

    Reply
    • Enviedecrire Post author

      Nous avons retenu uniquement les citations de Virginie Despentes qui concernent son processus d’écriture. Mais vous pouvez retrouver les interviews dans leur totalité en cliquant sur les liens.

      Reply

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