Les secrets d’écrivain de Maylis de Kerangal

L’écrivaine française Maylis de Kerangal, née en 1967, a obtenu le prix Médicis 2010 pour son roman Naissance d’un pont (éditions Verticales) avait pour toile de fond les travaux publics, les chantiers de construction. Elle vient de publier Réparer les vivants (éditions Verticales) qui plonge cette fois dans l’univers médical de la cardiologie. Maylis de Kerangal raconte comment elle est devenue écrivain et comment elle construit ses romans :

(…) avant d’en arriver où vous êtes, il y a eu tout un parcours, le parcours d’une femme devenue écrivain. Était-ce ancré en vous depuis toujours ?
Une amie m’a fait cette remarque, très récemment, que j’avais toujours voulu devenir écrivain. Mais je ne crois pas, je n’y crois pas. Il existe certaines personnes qui vous disent:  « je suis écrivain ». Ils n’ont encore rien écrit, rien publié, mais ils se présentent déjà comme écrivain, ils ont ça en eux. Ce que Beckett appelait des  « bons qu’à ça ». Moi, ce n’est pas le cas. C’est plutôt un parcours, et les hasards de la vie qui m’ont fait devenir écrivain. En fait, tout a commencé lorsque j’avais 27 ans. J’ai quitté mon travail et je suis partie aux États – Unis. Je ne connaissais pas vraiment la littérature contemporaine, et je découvrais la littérature américaine, et c’est à ce moment que j’ai commencé à écrire.C’est à ce moment que j’ai ressenti une exaltation importante. L’acte d’écrire était tellement fort, tellement puissant que je me suis dit qu’il fallait que je continue. Mais cela ne s’est pas fait tout de suite. Après un premier roman, Le ciel de traîne, l’écriture n’a pas pris toute la place dans ma vie. C’est venu petit à petit, livre après livre, jusqu’à ce qu’une succession d’événements ne survienne : la naissance de mon petit dernier, un garçon, la parution de Corniche Kennedy, qui eut un certain succès, et le fait que je doive quitter mon travail, où cela se passait plutôt mal. Tout cela en une seule année, et c’est à ce moment là que je me suis dit que je ne rechercherais plus de boulot, que l’écriture allait occuper principalement ma vie. S’il n’y avait eu cette accumulation de circonstances, je ne serais peut être pas devenue écrivain. Et encore maintenant, cela ne fait peut – être qu’un an ou deux que je me considère comme tel. Avant, je vous aurais répondu, je suis éditrice, pas écrivain.

Maintenant que l’écriture occupe toute votre vie, pourriez-vous nous dire comment vous travaillez ? Êtes-vous du genre à vous laissez porter par votre imagination, ou faites-vous un canevas précis du roman avec des fiches personnages, avant de vous lancer ?
Je laisse plutôt parler mon imagination, mais avant tout, je pars d’un projet littéraire. J’essaye d’abord d’imaginer quelle va être la matière de mon livre. Avec Naissance d’un pont par exemple, j’avais envie d’une épopée contemporaine, avec l’idée d’un chantier et l’idée d’une matière: le pont. J’avais le fil conducteur de l’histoire, j’avais un personnage en tête, Diderot, et le reste est vue au fur et à mesure de l’écriture. Mais les contours existaient déjà dans ma tête, il fallait juste faire prendre forme à ces contours.
(source : les-8-plumes, crédit photo : © C. Hélie – Gallimard)

Retrouvez une interview vidéo de Maylis de Kerangal réalisée par Enviedecrire

 

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