Les secrets d’écrivain de Marguerite Yourcenar

Ecrivaine française à la renommée international, Marguerite Yourcenar fut la première femme à être nommée à l’Académie Française en 1980. Si son premier livre a été publié à compte d’auteur, cela ne l’a pas empêchée de voir Les mémoires d’Hadrien (Plon, 1951) classé au palmarès des cent meilleurs livres de tous les temps par le Cercle Norvégien du Livre en 2002.

« Un écrivain travaille avec un instrument qui est sa langue. Et alors là, toutes espèces de difficultés et d’épreuves l’attendent aussi. S’il veut être un écrivain complètement pluraliste, un écrivain fidèle à la langue telle qu’il l’a reçue de ses professeurs et de ses maîtres, il a une grande chance de manquer de liberté. Jusqu’à un certain point, tout écrivain est plus libre envers sa langue, il est un reconstructeur ou un enrichisseur de sa langue. « 

« En général, je crois qu’il est extrêmement important que l’écrivain, tout en s’alignant le plus souvent possible sur la ligne de l’usage, garde la liberté de s’en écarter volontairement là où il croit indispensable de le faire. C’est ainsi que je tiens à garder  »après-midi  » au féminin, (…) à retenir l’ancienne orthographe de  »payment, lys, frayer, essayer » (…) Tout cela est très sérieux, parce qu’une des raisons d’être de l’écrivain est de lutter contre un certain conformisme superficiel du langage, qui, accepté comme un article de foi, va à l’encontre des lois plus subtiles ou plus complexes, et tend, sous prétexte d’uniformiser, à appauvrir finalement le français. »

« Il y a deux choses auxquelles un écrivain doit être absolument sensible. Il faut que son langage soit absolument fidèle à la réalité. S’il fait parler un empereur qui appartient à la tradition classique, il faut que son style ait quelque chose de la tradition classique. S’il fait parler un ouvrier, il faut se garder de tous les mots de plus de quatre syllabes.(…) Il faut aussi être clair. L’écrivain qui ajoute des obscurités à la vie qui Dieu merci est déjà assez obscure, en créant une obscurité de mots pour faire beau, pour faire intéressant, pour faire amusant, pour que ça ait l’air de quelque chose de nouveau, est tout à fait en dehors de sa vocation d’écrivain. Quand on écrit, c’est pour être compris. »

 

(Sources : QuitCloudOnTheMount, babelio.com Photo : © James Claude / INA)

 

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