Les secrets d’écrivain de Gabriel García Márquez

L’écrivain colombien Gabriel García Márquez, né le 6 mars 1927 à Aracataca (Colombie) est décédé le 17 avril 2014 (à 87 ans) à Mexico. Romancier, nouvelliste, mais également journaliste et activiste politique, il a reçu en 1982 le prix Nobel de littérature. Ce sont ses romans, tels que Cent ans de solitude (1967), Chronique d’une mort annoncée (1981) et L’Amour aux temps du choléra (1985), qui lui ont apporté la reconnaissance de la critique littéraire, ainsi qu’un large succès commercial.

Pourquoi avez-vous commencé à écrire ?
J’ai commencé à écrire par accident, peut-être pour prouver à un ami que ma génération était capable de produire des écrivains. Après cela, je sus tombé dans le piège d’écrire pour le plaisir et ensuite dans un autre piège, en découvrant qu’il n’y avait rien d’autre au monde que j’aimais autant qu’écrire.

Vous dites qu’écrire est un plaisir. Mais vous avez également dit que c’était une pure souffrance.
Les deux sont vrais. Au commencement, quand j’apprenais le métier, j’écrivais avec jubilation, de façon presque irresponsable. Je me souviens qu’en ce temps-là, je pouvais facilement écrire quatre, cinq ou même dix pages d’un livre après avoir terminé mon travail de journaliste à deux ou trois heures du matin. Une fois, j’ai écrit une nouvelle entière d’un seul coup. Maintenant, je suis heureux si j’écris un bon paragraphe en une journée. Avec le temps, l’acte d’écrire est devenu plus douloureux. Ce qui se passe, c’est simplement que votre sens des responsabilités augmente. Vous commencez à sentir que maintenant, chaque mot a plus de poids, qu’il influence beaucoup plus de personnes.

Quel est le point de départ de vos livres ?
Une image visuelle. Pour les autres écrivains, je pense qu’un livre naît à partir d’une idée, d’un concept. Moi je débute toujours avec une image. J’ai écrit La sieste du mardi, que je considère comme ma meilleure nouvelle, après avoir vu une femme et une jeune fille habillées en noir avec un parapluie noir, marchant dans une ville désertique sous un soleil écrasant. Pour Tempête de feuilles, c’était un grand-père emmenant son petit-fils à des funérailles. Le point de départ de Personne n’écrit au Colonel était l’image d’un homme attendant un repas sur la place du marché à Barranquilla. Il attendait avec une sorte d’anxiété silencieuse. Des années plus tard à Paris, je me suis retrouvé à attendre une lettre (un mandat postal probablement) avec la même anxiété et je me suis identifié à cet homme.

Est-ce que cela vous prend beaucoup de temps pour écrire un roman ?
En fait pour l’écrire non. C’est un processus assez rapide. J’ai écrit Cent ans de Solitude en moins de deux ans. Mais j’ai passé 15 ou 16 ans à penser à ce livre avant de m’asseoir devant ma machine à écrire.

Est-ce que vous prenez des notes ?
Jamais, à part quelques griffonnages fantasques. Je sais d’expérience que quand vous prenez des notes, vous finissez par penser à vos notes et pas à votre livre.

Est-ce que vous corrigez beaucoup votre travail ?
Mon travail a beaucoup changé à cet égard. Quand j’étais jeune, j’avais l’habitude d’écrire d’un seul jet, de faire des copies du texte, puis de revenir à nouveau dessus. Maintenant, je corrige ligne par ligne au fur et à mesure afin d’avoir, à la fin de la journée, une page parfaite sans salissures ni ratures, presque prête pour la publication.

Quel est selon vous l’endroit idéal pour écrire ?
J’ai déjà souvent répondu à cette question : une île déserte le matin et une grande ville la nuit. Le matin, j’ai besoin de silence et le soir, de quelques verres et de bons amis avec lesquels discuter. J’ai besoin d’être en contact constant avec les gens dans la rue, de savoir ce qui se passe dans le monde. Ça correspond bien avec ce que William Faulkner pensait quand il disait qu’un bordel est l’endroit idéal pour écrire. C’est très calme le matin, mais il y a la fête toutes les nuits.

Savez-vous exactement ce qui va arriver à chacun de vos personnages avant d’écrire un roman ?
Seulement de façon très générale. Des choses inattendues arrivent au cours d’un livre. La première idée que j’ai eue du Colonel Aureliano Buendia (ndlr : personnage du roman Cent ans de solitude), était qu’il serait un vétéran de la guerre civile et qu’il mourrait pendant qu’il urinait contre un arbre.

Comment justifiez-vous les anachronismes qui apparaissent dans L’Amour au temps du choléra ?
Dans L’Amour au temps du choléra, je suis tout à fait irrespectueux avec le temps réel et de l’espace. (…) je n’écris pas avec la rigueur historique. Quelqu’un pourrait dire, par exemple, que Victor Hugo et Oscar Wilde n’ont pas pu être Paris en même temps. Ce ne sont pas des anachronismes ou des accidents, mais je n’avais pas envie de changer un détail que j’aimais juste pour respecter la chronologie. Ce roman n’est pas une reconstitution historique. Au contraire, il contient des éléments historiques utilisés de façon poétique. Tous les écrivains font cela.

Combien de temps pouvez-vous passer sans écrire ?
Jamais plus d’un jour ! Je ne fais pas de pause entre deux livres. Dès que j’ai terminé, il faut que je m’y remette tout de suite, parce que j’ai les mains chaudes à ce moment-là. Si je les laisse refroidir, cela ne va pas du tout. Il me faut recommencer à apprendre à écrire.

(Sources : ranadasgupta.com, www.faculty.ucr.edu, parismatch.com, wkipedia.org)

 

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2 thoughts on “Les secrets d’écrivain de Gabriel García Márquez

  1. marcel

    Bonjour, c’est drôle mais en lisant ceci  » Est-ce que vous prenez des notes ?
    Jamais, à part quelques griffonnages fantasques. Je sais d’expérience que quand vous prenez des notes, vous finissez par penser à vos notes et pas à votre livre. » c’est exactement ce que je pense et pourtant sur les blogs d’écriture il est souvent conseiller de prendre un tas de notes….Je ne suis donc pas le seul à ne pas prendre de notes…Merci
    Marcel

    Reply

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