Les secrets d’écrivain de Françoise Sagan

Françoise Sagan, de son vrai nom Françoise Quoirez, est une écrivaine française née en 1935 et décédée en 2004. Durant l’été 1953, elle écrit Bonjour tristesse, son premier roman dont elle emprunte le titre à un vers de Paul Eluard.  Elle a 19 ans et son court roman, qui sort en librairie le 15 mars 1954, obtient le prix des Critiques décerné par un jury prestigieux et connaît un succès de librairie immédiat (un an après sa publication, 850 000 exemplaires ont été vendus). Elle publie ensuite une vingtaine de romans, ainsi que des pièces de théâtre et participe à l’écriture de scénarios.
Dans son livre, Avec mon meilleur souvenir (éd. Gallimard, 1984), elle parle de l’écriture et donne sa vision très sévère des auteurs. Vision qui lui apparaît après la lecture du roman de Marcel Proust, Albertine disparue.

« Je découvris que la matière même de toute œuvre, dès l’instant qu’elle s’appuyait sur l’être humain, était illimitée ; que si je voulais – si je pouvais – décrire un jour la naissance et la mort de n’importe quel sentiment, je pouvais y passer ma vie, en extraire des millions de pages sans jamais arriver au bout, sans jamais pouvoir me dire : « J’y suis, je suis arrivée. » Je découvris qu’on n’arrivait jamais, que je n’arriverais jamais qu’à mi-côte, à mi-pente, au millième de pente de ce que je voulais faire ; je découvris que l’être humain qui remplaçait Dieu, ou qui ne le remplaçait pas, qui était fiable ou ne valait rien, qui n’était que poussière et dont la conscience englobait tout, je découvris que cet être humain était mon seul gibier, le seul qui m’intéressât, le seul que je n’arriverais jamais à rattraper, mais que je croirais frôler, peut-être, parfois, dans un de ces grands moments de bonheur que donne la faculté d’écrire. Je découvris aussi en lisant Proust, en découvrant cette superbe folie d’écrire, cette passion incontrôlable et toujours contrôlée, je découvris qu’écrire n’était pas un vain mot, que ce n’était pas facile, et que contrairement à l’idée qui flottait déjà à l’époque, il n’y avait pas plus de vrais écrivains que de vrais peintres ou de vrais musiciens. Je découvris que le don d’écrire était un cadeau du sort fait à très peu de gens, et que les pauvres nigauds qui voulaient en faire carrière ou un passe-temps n’étaient que des misérables sacrilèges. Qu’écrire demande un talent précis et précieux et rare – vérité devenue inconvenante et presque incongrue de nos jours ; au demeurant grâce au doux mépris qu’elle éprouve pour ses faux prêtres ou ses usurpateurs, la littérature se venge toute seule : elle fait de ceux qui osent la toucher, même du bout des doigts, des infirmes impuissants et amers – et ne leur accorde rien – sinon parfois, par cruauté, un succès provisoire qui les  ravage à vie.

J’appris donc, aussi, avec Proust, la difficulté et le sens des hiérarchies dans ma passion. J’appris tout d’ailleurs, par Proust. »
crédit photo © Chognard/TF1/SIPA

Que pensez-vous du regard très critique que Françoise Sagan portait sur les auteurs ?

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One thought on “Les secrets d’écrivain de Françoise Sagan

  1. Rébecca@ conseils écriture

    Voilà en effet une critique bien sévère. Je suis cependant d’accord avec elle sur le fait qu’écrire n’est pas facile. Ecrire s’apprend… il faut de la patience, du travail, de la persévérance.

    Bon courage à tous ceux qui se lance dans cette aventure. 🙂

    Reply

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