Les secrets d’écrivain de Dina Nayeri

Dina Nayeri est une jeune écrivaine américaine d’origine iranienne. Née en 1979, en même temps que la révolution iranienne, elle a vécu à Ispahan une dizaine d’années avant de fuir son pays pour s’installer aux États-Unis. Elle est diplômée de Harvard et de Princeton. Son premier roman Une pincée de terre et de mer (Calmann-Lévy, 2013) a été traduit en 13 langues et a été publié dans plus de 20 pays.

 

Quelle est la chose la plus importante que vous ayez apprise sur l’écriture ?
La chose la plus importante que j’ai apprise sur l’écriture, c’est de savoir reconnaître ce qu’il ne faut pas écrire. Je pensais que j’avais tellement de choses à dire sur tellement de sujets, d’expériences de vie, sur les joies et les douleurs que j’ai ressenties. Mais en réalité, toutes les choses ne méritent pas d’être révélées au monde. Tout ne vaut pas la peine d’être partagé. La valeur de certains instants réside justement le fait qu’on ne les observe pas de près. Car s’ils sont examinés à la loupe, alors ils perdent leur intérêt. Certains instants gardent leur valeur uniquement s’ils restent cachés. Certaines idées n’illuminent pas le monde pour les autres et sont donc inutiles ou pire, toxiques car elles peuvent polluer votre voix d’écrivain. De même que chaque phrase devrait passer par un processus rigoureux pour trouver toute sa beauté, chaque mot devrait gagner sa place, ainsi que chaque émotion, chaque histoire et chaque idée. Le monde déborde tellement d’idées : celles auxquelles vous choisissez d’attacher votre voix va déterminer votre impact sur le monde. J’ai donc appris à faire plus attention, à mieux observer, à attendre les idées qui ont besoin de moi et de ma voix unique. Pour une personne qui aime faire connaître ses opinions, c’est la chose la plus difficile à respecter. Cela demande de la discipline. Mais c’est un processus de maturation, dans l’écriture comme dans la vie et je m’en réjouis.

Comment est-ce que cela vous a aidé en tant qu’écrivain ?
Cela m’a procuré des moments de tristesse, quelques regrets. Certaines fois j’ai échoué à communiquer ce que j’avais l’intention de transmettre. Parfois les mots m’ont manqué ou plutôt je les ai manqués. (…) Ce que l’écriture me demande c’est d’observer, d’écouter, d’être silencieuse et de choisir. Je ne veux pas écrire des textes qui me révèlent complètement et parfaitement à tout moment, moi et mes pensées. Je dois m’efforcer d’être une voix forte au milieu de beaucoup, beaucoup d’autres. Ce n’est pas facile, mais c’est un vrai plaisir. Je dois examiner et choisir ce qui est vital pour que ma voix survive. Ralentir, être pointilleuse. Créer de cette façon m’aide à prendre conscience de l’immensité de ce que j’ai encore à réaliser, de ce dont je suis capable, si j’exploite la partie la plus rigoureuse de mes instincts créatifs. J’espère que cela a un sens. Concrètement, cela veut dire plus de lectures, plus d’écriture et de « déchets » tout en appréciant le fait que pour certains de mes textes, je suis et je serai la seule lectrice.

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