Les « nègres » d’écrivains tombent le masque peu à peu
Qu’ils soient considérés comme « nègres » ou comme « collaborateurs », les écrivains qui écrivent pour les autres seraient de plus en plus nombreux. Et reconnus.
Qui se souvient d’Auguste Maquet ? Personne ou presque. Et pourtant, sans lui, Alexandre Dumas père n’aurait peut-être pas écrit quelques unes de ses œuvres les plus connues : Les Trois Mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo ou Le Vicomte de Bragelonne. Pour certains, Auguste Maquet n’était qu’un « collaborateur ». Pour d’autres, il représentait bien plus : il était le « nègre » d’Alexandre Dumas, celui qui écrivait pour le maître, sans que son nom figure sur la couverture d’aucun des romans.
Un tiers des livres concernés en France ?
Ecrivain anonyme, Auguste Maquet n’est pas le seul dans ce cas. Selon un documentaire récent d’Armelle Brusq, « Les nègres, l’écriture en douce », cité dans le Figaro, un tiers des livres publiés tous les ans en France auraient une « paternité peu claire ». Des chiffres invérifiables, car le phénomène reste largement tabou. Maisons d’édition comme écrivains officiels préfèrent garder le silence. Pour entretenir l’illusion auprès du lecteur et, surtout, ne pas risquer de faire baisser les ventes. « L’auteur doit être sympathique, et avoir une belle histoire à raconter. Dire au lecteur que le livre a été écrit par un « nègre » n’est pas dans les intérêts de la maison d’édition », confirme Anne-Sophie Demonchy, journaliste au Magazine des livres.
Pourtant, le phénomène existe bel et bien, et commence à devenir public, contraint et forcé. L’ouverture, timide, concerne surtout les (auto-)biographies « people ». En France, elle remonte à près de dix ans, lorsque Loana, à peine sortie gagnante de Loft Story, la première émission de télé-réalité française, a publié un livre racontant l’histoire de sa vie. Présenté comme une autobiographie, Elle m’appelait… Miette fait néanmoins apparaître en couverture intérieure le nom de Jean-François Kervéan. Qui est ce mystérieux personnage ? Le « coauteur », comme il se définit lui-même. En réalité l’auteur tout court, que l’éditeur ne pouvait pas cacher : tous les paparazzis l’avaient vu, pendant plusieurs jours, « trottiner derrière les platform boots » de la starlette à Saint-Tropez.
Une « grille des salaires »
A l’époque, Jean-François Kervéan avait touché près de 15 000 €. Des honoraires confortables, si l’on se réfère à la « grille des salaires » en vigueur dans la profession. Selon le Figaro, la rémunération d’un « nègre » varie en fonction de l’expérience de l’écrivain, du travail accompli… et de la notoriété de la personne pour laquelle il écrit. Un débutant peut ainsi espérer des émoluments compris entre 5 000 et 15 000 €. « Quant aux écrivains plus expérimentés, ils toucheraient un pourcentage sur les ventes en plus de la somme fixe, continue le journaliste. Les droits d’auteur s’échelonnant entre 8% et 15% par livre vendu, 30% à 50% leur reviendrait, le tout dépendant de la notoriété du personnage principal du livre. »
Et la littérature dans tout cela ? A l’heure où, comme le rappelle Pierre Assouline, la biographie se meurt, pas sûr que cette pratique, publique ou non, lui fasse du bien…
(d’après le Figaro)
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